« Deux gouttes d’eau » de Jacques Expert, paru chez Le livre de poche en juin 2016

Synopsis

« Une jeune femme est retrouvée morte dans son appartement de Boulogne-Billancourt, massacrée à coups de hache. Elle s’appelle Élodie et son ami, Antoine Deloye, est identifié sur l’enregistrement d’une caméra de vidéosurveillance de la ville, sortant de chez elle, l’arme du crime à la main. Immédiatement placé en garde à vue, Antoine s’obstine à nier malgré les évidences. Il accuse son frère jumeau, Franck, d’avoir profité de leur ressemblance pour mettre au point une machination destinée à le perdre. Quand Franck Deloye arrive au commissariat central pour être entendu, le trouble est immense : il est impossible de différencier les deux hommes, qui se ressemblent, littéralement, comme deux gouttes d’eau… Le divisionnaire de la PJ en charge de l’enquête, Robert Laforge, un homme réputé pour sa compétence mais aussi son intransigeance et ses éclats incontrôlés, va devoir tirer au clair avec son équipe ce véritable casse-tête. Lequel des deux jumeaux ment, lequel est le bourreau, lequel la victime ? « 

 

N’ayant jamais lu de romans de Jacques Expert, c’est sans à priori que je lis ce roman à la quatrième de couverture alléchante, couronné par un prix des lecteurs.
Point de multiples suspects ou de chasse à l’homme, dès le début les policiers découvrent une vidéo compromettant le petit ami de la morte, Antoine Deloye. S’il ne s’agissait que de cela, ce roman fera quelques pages ; mais le fait est que le présumé meurtrier a un jumeau monozygote et qu’ils ont tous deux une maladie rare : ils n’ont aucune empreintes, qu’elles soient manuelles ou pédestrielles. Ayant le même ADN, et un passif compliqué – les jumeaux prenant un main plaisir à se faire passer l’un pour l’autre, que ce soit pour s’accuser mutuellement, ou se protéger. En bref, un vrai sac de noeuds qui met les nerfs du divisionnaire Laforgue à rude épreuve.
Le choix de narration est intéressant : nous alternons chapitres présents avec ceux de l’enfance des jumeaux. Ceci dit, je n’ai pas apprécié l’écriture, trop cavalière à mon sens. La fin m’a également laissé un goût amer…
Un roman sympathique, qui passe le temps, mais certes pas le polar de l’année.

13/20

« Tout plutôt qu’être moi » de Ned Vizzini, paru aux éditions « La belle Colère » en janvier 2016

Synopsis

« Comme beaucoup d’adolescents, Craig est bien décidé à réussir sa vie. Il intègre l’une des plus prestigieuses prépas de New York, de celles qui font de vous un homme et assurent votre avenir. Seulement, au bout d’un an, il ne mange plus, ne dort plus, n’arrive plus à se lever, pense sans arrêt à ses devoirs, ses exams et à la jolie copine de son meilleur ami. Pour faire front à tout ça, il ne trouve d’autre solution que de fumer de l’herbe en glandant pendant des heures. Craig est pris dans une spirale d’anxiété, d’inquiétudes, de peurs qui l’acculent et le paralysent. Comment en est-il arrivé là ? Comment est on poussé au point où la pression se fait tellement forte et nous, si faibles que la seule solution qui s’offre à nous, c’est d’en finir ? « 

Il y a des éditions, comme La Belle Colère, dont on sait que les romans ne nous décevrons pas. Ainsi, quand j’ai vu ce livre trôner sur la table des nouveautés de ma bibliothèque, ni une, ni deux, je l’ai pris rapidement avant qu’une autre personne ne me devance ! Il faut savoir que cette maison d’édition est spécialisée dans les romans d’initiation consacrés aux adolescents. Point de mièvrerie, mais la réalité, dans tout ce qu’elle a de belle comme de cruelle.
Craig a quinze ans et des rêves plein la tête : faire des études prestigieuses, obtenir un bon travail, sortir avec la fille de ses rêves. Mais une fois accepté dans une école très sélective, il commence à se noyer devant les exigences demandées. Sans compter qu’il désire la petite amie de son meilleur ami. Petit à petit, il sombre dans la dépression ; il se fera interner dans un hôpital psychiatrique une fois le fond touché.
L’auteur, précoce vu qu’il a commencé à écrire dans la presse dès l’âge de 15 ans, était lui aussi dépressif, mais n’a pas pu la surmonter ; il s’est suicidé à l’âge de 32 ans. Ce qui explique très certainement sa capacité à retranscrire les émotions de Craig avec tant de justesse. Evitant l’écueil du pathos, Ned Vizzini nous livre ici un roman touchant, juste, qui prend aux tripes.

16/20

« Sorry » de Zoran Drvenkar, paru en mai 2012 chez Le livre de poche

Synopsis

« Berlin. Tamara, Frauke, Kris et Wolf se sont connus au lycée. Dix ans plus tard, après une succession de petits boulots, de drames personnels, de défaites diverses et de blessures secrètes, c’est sans trop d’illusions qu’ils abordent la trentaine. Tout va néanmoins changer très vite à partir du jour où ils ont l’idée de créer ensemble une agence nommée Sorry, dont l’objet est de s’excuser à la place des autres. Très vite le succès est au rendez-vous et ils aident des hommes d’affaires qui s’estiment s’être mal comportés envers un salarié, un associé ou une entreprise à alléger leurs remords en allant à leur place chercher le pardon auprès de leur victime.
Tout va pour le mieux jusqu’au jour où sous un prétexte fallacieux un mystérieux interlocuteur les envoie dans un appartement berlinois, où les attend une femme torturée à mort. L’assassin a besoin de Sorry afin de soulager sa conscience et d’obtenir l’absolution pour les horribles souffrances qu’il inflige.
C’est le début d’une longue descente aux enfers pour les quatre amis. Pris dans un piège infernal et mortel, ils n’auront d’autre solution que de découvrir au plus vite l’identité et les mobiles de ce mystérieux tueur qui les manipule et semble parfaitement les connaître. »

J’ai découvert cet auteur lors de mes pérégrinations sur Babelio, l’un des membres le comparant à Fitzek. Ni une ni deux, je me procure cet ouvrage dont la quatrième de couverture est fort alléchante. Un bon petit polar psychologique, allemand qui plus est afin de diversifier les pays que je « visite », et roule ma poule !
Tamara, Frauke, Kris et Wolf se connaissent depuis l’enfance. Si à l’époque ils étaient inséparables, ces derniers temps ils ont fait cavalier seul, avec pour seuls résultats un licenciement pour l’un, une rupture pour une autre, une dépression… le tableau est bien sombre pour notre quatre protagonistes. Kris, assis sur un banc, dans un parc, totalement désemparé quant à son futur, trouve une idée de génie : une agence qui s’excuse pour les autres, souvent trop lâches pour le faire eux-même ! Ses amis acceptent de se lancer dans l’aventure ; l’agence « Sorry » est née. Et le moins que l’on puisse dire c’est qu’elle cartonne, même s’il n’y a aucune publicité, tout se fait au bouche à oreille.
Voilà, entre autre, ce que le meurtrier attendait pour frapper ; une espèce d’absolution. Il envoie la fine équipe sur les lieux de son crime et les enjoint de s’excuser auprès du cadavre de sa part. Aucune échappatoire pour nos héros : l’assassin les connaît très bien et menace leur famille.
Un thriller haletant, qui nous met la tête à l’envers ; nous avons effectivement une personne qui nous relate l’histoire, mais impossible de découvrir qui il est… Rebondissements, intrigue sacrément bien ficelée, une tension se fait sentir tout au long du roman. On se met à douter de tout le monde, on regarde par dessus son épaule, au cas où ! Je vous mets au défi de découvrir le meurtrier, qui vivra et qui mourra…
Un roman implacable qui ne nous laisse aucun moment de répit.

17/20

 

« Ma vie palpitante »de Kim Ae-ran, publié aux éditions Philippe Picquier en avril 2014

Synopsis

« Mes parents avaient seize ans quand ils m’ont eu. J’ai eu seize ans cette année.
Je ne sais pas si je vivrai jusqu’à mes dix-huit ans. Je ne suis sûr que d’une chose : il me reste peu de temps. Pendant que les autres enfants grandissent, moi, je vieillis. Pour moi, chaque heure compte comme un jour. Chaque mois, comme une année. Aujourd’hui, je suis plus vieux que mon père.
Seize ans est-il un bon âge pour avoir un enfant ? Trente-deux ans est-il un bon âge pour le perdre ?
Ceci est l’histoire de très jeunes parents et de leur très vieil enfant. »

Ce livre représente ma première incursion dans la littérature coréenne, et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il m’a totalement chamboulée. Empli d’une émotion magnifiquement décrite, sans jamais tomber dans l’écueil du pathos larmoyant, voilà une jolie pépite qui ferait fondre les coeurs les plus aguerris.
Areum est atteint d’une maladie rarissime, la progéria, dont on ne recense qu’une centaine de cas dans le monde. Incurable et dégénérative, les enfants atteints de ce mal vieillissent à toute vitesse et meurent généralement durant l’adolescence. Areum n’a que seize ans, mais le corps d’un homme de quatre-vingts ; il sait qu’il est condamné, et que sa faible constitution l’empêche de faire les mêmes activités qu’un adolescent lambda, mais il engloutit des livres afin d’accumuler le plus de connaissances possibles, voyager et entrevoir la vie de ceux qui ne sont pas malades. Si parfois il se demande ce qu’aurait été sa vie sans cette maladie, il a accepté son sort ; c’est en cela qu’il fait preuve d’une maturité et d’une sagesse étonnantes. Ceci dit, il reste un adolescent avec les envies inhérentes à son âge.
Areum est un personnage très attachant, ce qui rend sa condition d’autant plus triste. Ses parents, au contraire de lui, ont beaucoup plus de mal à se faire à l’issue inéluctable du destin d’Areum.
L’écriture est délicate, limpide, et se lit avec grand plaisir. le thème du roman est triste, mais cependant émaillé de moments de joie, et par moments on en oublie même la maladie d’Areum, grâce aux tranches de vie d’une famille certes différente, mais qui n’en est pas moins une. Un roman bouleversant, magnifique, dont on ne sort pas indemne.

18/20

« Après la nuit » de Chevy Stevens, paru chez Pocket en avril 2016

Synopsis

« Adolescente, Tonie Murphy avait des problèmes de son âge : une petite soeur avec laquelle elle ne s’entendait pas, une relation compliquée avec ses parents, des camarades parfois cruels. Mais lorsque sa soeur se fait sauvagement assassiner, sa vie et celle de son petit ami Ryan basculent. Le couple est accusé de meurtre. Ils passeront à l’âge adulte derrière des barreaux.
Aujourd’hui Tonie a 34 ans et rentre chez elle en liberté conditionnelle avec une seule idée en tête : ne pas s’attirer d’ennui. Mais, harcelée par celles-là même qui lui menaient la vie dure au lycée, soupçonnée par sa propre mère, elle doit d’abord rétablir la vérité sur cette terrible nuit, celle où elle a perdu sa soeur et sa jeunesse… »

Adepte des romans de Chevy Stevens, je n’ai, encore une fois, pas été déçue. Je dirais même que c’est son meilleur livre. Elle avait déjà prouvé son talent pour narrer la psychologie des personnages, mais avec le personnage de Tonie, attachante, rebelle, complexe, l’autrice atteint une espèce d’apothéose. Car rien ne sera épargné à son héroïne, que ce soient des violences physiques ou psychologique ; on se glisse dans sa peau lors de ses moments d’abattements comme durant ceux où elle relève la tête pour affronter les épreuves qui jalonnent son existence.

La trame narrative s’articule autour de trois périodes clé de la vie de Tonie. Le début se situe dans les années 90, elle a 17 ans, est au lycée et aime à la folie son petit ami Ryan. Mais Shauna et sa bande de filles, l’archétype des pestes jolies et populaires qui peuplent toute série américaine sur l’adolescence, font tout pour lui rendre la vie impossible. Lorsque sa jeune soeur Nicole rejoint la bande, Tonie s’inquiète de son comportement ; autrefois douce et bonne élève, elle se met à boire et à faire le mur. Si ses parents s’inquiètent et s’énervent du comportement impulsif et colérique de Tonie, ils ne remarquent pas le manège de sa petite soeur.

Mais lors d’une balade près du lac, où Tonie et son copain Ryan emmènent Nicole qui semble apeurée à l’idée de rester seule, cette dernière se fait assassiner tandis que les deux amoureux s’étaient réfugiés quelques heures dans les bois. A cause des témoignages accablants de Shauna et de ses amies, le couple se retrouve en prison pour meurtre. Une fois sortie, Tonie tente de retrouver une vie normale, mais Shauna ne l’entend pas de cette oreille et n’a de cesse de lui pourrir la vie ; Tonie, avec l’aide de Ryan, va mener l’enquête afin de découvrir le véritable meurtrier de sa soeur et enfin blanchir leurs noms. L’on va également suivre le dur parcours de Tonie en prison où elle va devoir apprendre à se faire respecter.

On vit littéralement avec Tonie, on partage sa colère, ses craintes, son indignation devant tant d’injustices. On veut qu’elle s’en sorte, que le meurtrier de sa soeur paie le prix fort pour toutes les vies qu’il a brisé. Je n’ai pas seulement lu ce roman, je l’ai vécu, les pages se tournent seules, je suis fébrile de savoir ce qu’il va se passer, de comment tout ça va terminer. Une fois le livre fini, je continue à penser à Tonie et à la suite de sa vie. Un thriller qui va me hanter longtemps.

18/20

 

 

 

« Serre-moi fort » de Claire Favan, paru chez Robert Laffont en février 2016

Synopsis

« Cela pourrait ressembler à un appel au secours. Du jeune Nick, tout d’abord. Victime collatérale de la disparition inexpliquée de sa sœur, contraint de vivre dans un foyer brisé et entre deux parents totalement obsédés par leur quête de vérité. Il aimerait tant que sa mère le prenne dans ses bras… D’Adam Gibson, ensuite. Policier chargé de diriger l’équipe qui enquête sur la découverte d’un effroyable charnier dans l’Alabama, il doit identifier les victimes – toutes des femmes – et tenter de remonter jusqu’au tueur, qui a savamment brouillé les pistes. Si Adam parvient à cerner quelques-unes de ses motivations, c’est à peu près tout. Et il prend le risque de trop qui le jette directement dans les bras du tueur. Commence alors entre eux un affrontement psychologique d’une rare violence… « 

De Claire Favan, j’avais apprécié « Le tueur intime », sans plus. J’ai vu son dernier ouvrage sur la table des nouveautés à la bibliothèque, et me suis dit « pourquoi pas ? » ; ce roman ayant une quatrième de couverture prometteuse et des critiques dithyrambiques. Et bien… WAOU ! Il n’y a pas à dire, l’autrice se bonifie avec l’âge. Ce livre m’a tant tenue en haleine que je l’ai lu en deux jours, ratant moult stations de métro tant j’étais absorbée par cette intrigue génialement folle.

Construit en deux parties, on compatit tout d’abord avec Nick, qui déjà de son vivant n’existait pas ou prou aux yeux de ses parents, éblouis par sa soeur aînée, belle, intelligente, sociale, populaire, et, accessoirement, martyr de son petit frère. Celle-ci disparue, les parents tombent dans la dépendance, l’une des cachets, l’autre dans l’alcool. Nick tient la baraque tant bien que mal, réussit le lycée et compte s’envoler vers New York pour étudier. C’est à ce moment-là que ses parents décident de se reprendre en main, non pas pour recommencer à vivre normalement, mais pour rejoindre un groupe de personnes qui ont perdu des êtres chers ; ils vont d’y investir corps et âme, et Nick est sommé de les suivre et les aider. Adieu New York, il ira à l’université la plus proche, car, même disparue, Lana reste la favorite.

L’inspecteur Adam Gibson, quant à lui, a perdu sa femme des suites d’un cancer long et éprouvant. Sa fille aînée a très mal vécu cette perte, et le fait payer cher à son père, qui préfère trouver refuge dans son travail que dans un foyer familial brisé. Un charnier contenant 18 cadavres de femmes est trouvé par hasard, et le corps le plus ancien a une quinzaine d’années. Des corps pour la plupart momifiés, qu’il va falloir identifier un par un, et surtout, retrouver celui qui a fait ça. C’est là que la partie se corse, car beaucoup de disparitions de jeunes femmes ont été imputées à l’Origamiste, qui croupit en prison depuis depuis des années, alors que certains corps sont récents… Gibson n’a aucune idée de l’horreur dans laquelle il s’embarque en menant cette enquête ; âmes sensibles, s’abstenir !

C’est d’une plume maîtrisée que Favan nous narre une intrigue d’une noirceur absolue, de faits absolument immondes, et c’est avec un plaisir coupable que l’on tourne les pages de ce livre dans une quête effrénée de vérité. Quoique plus que la vérité, que nous entrevoyons en milieu de roman, c’est la fin que nous attendons avec fébrilité. Car le tueur, particulièrement retors, totalement dépourvu d’une quelconque conscience morale, n’en finit pas de nous surprendre « grâce » à son esprit diabolique. Si vous ne deviez lire qu’un thriller psychologique cette année, ce serait celui-ci !

18/20

 

« Trois jours et une vie » de Pierre Lemaitre, paru chez Albin michel en mars 2016

Synopsis

« À la fin de décembre 1999, une surprenante série d’événements tragiques s’abattit sur Beauval, au premier rang desquels, bien sûr, la disparition du petit Rémi Desmedt.
Dans cette région couverte de forêts, soumise à des rythmes lents, la disparition soudaine de cet enfant provoqua la stupeur et fut même considérée, par bien des habitants, comme le signe annonciateur des catastrophes à venir.
Pour Antoine, qui fut au centre de ce drame, tout commença par la mort du chien… »

Dans son dernier roman, Lemaitre change totalement de registre ; point de thriller haletant ou d’arnaque de génie. L’auteur s’attache à décrire la psychologie du personnage principal et la vie d’une petite bourgade qui doit faire face en très peu de temps à plusieurs drames : la disparition d’un enfant âgé de six ans et une tornade qui dévaste la ville. Dans cet univers paisible, ces événements vont ébranler tous les habitants.

Le principal protagoniste, Antoine, a douze ans lorsque surviennent les faits. Enfant isolé élevé par une mère célibataire, il passe la majorité de son temps dans les bois à construire des cabanes. Lorsque le chien des Desmedt se fait renverser par une voiture et que le patriarche met fin à la vie de l’animal d’un coup de fusil, l’enfant ressent tristesse et révolte. Quand le petit Rémi Desmedt vient retrouver Antoine dans les bois, ce dernier se met en rage à cause des agissements de son père et le tue. Le roman relate la vie d’Antoine, rongé par les remords, et angoissé à l’idée d’être démasqué.

Même le style d’écriture diffère de ses autres livres ; si d’ordinaire Lemaitre utilise un phrasé parlé, ici la prose est soignée. Malheureusement, si ce roman n’est pas mauvais, il est terriblement lent et répétitif. Peu d’action, l’on lit principalement l’angoisse vécue par Antoine. J’ai trouvé la fin assez prévisible et assez insipide. Tout n’est pas à jeter dans ce livre, mais l’histoire se traîne et j’aurais apprécié un peu plus d’action. Je préfère quand Lemaitre nous concocte des thrillers au suspense à couper le souffle.

10/20

« Quelque part avant l’enfer » de Niko Tackian, paru chez Scrinéo en mars 2015

Synopsis

« Anna R. est une survivante. L’espace d’une seconde, lorsqu’une tonne d’acier a fracassé l’habitacle de sa voiture, elle a vécu une expérience de mort imminente. De retour parmi les vivants, Anna n’aura de cesse d’essayer de comprendre ce qui lui est arrivé. Qui était cet homme baigné de lumière noire qui la menaçait jusqu’aux portes de la mort ? Pourquoi n’a-t-elle pas, comme les autres « expérienceurs », la conviction de pouvoir vivre une vie meilleure ?
Parfois, il faut peut-être mieux ne pas revenir… »

Premier roman d’un homme également réalisateur et dessinateur, le roman tourne autour du sujet de l’expérience de mort imminente ; quand une personne frôle la mort, et se retrouve dans une espèce d’entre-deux. Selon le sujet, l’expérience est majoritairement positive : dans un halo de lumière blanche, il peut revoir ses proches décédés et retrouver le but de sa vie. Malheureusement, dans le cas d’Anna, ce fut très angoissant : un homme la menace de la tuer, et ses rêves sont peuplés de cadavres existants…

Anna contacte un médecin spécialisé dans les EMI, le professeur Roody, afin d’élucider ce qui lui arrive. Elle est poursuivie par le meurtrier, autant dans ses songes que dans sa vie : elle retrouve son propre fils, le dos couvert d’hématomes, sans que ce dernier ne veuille dire qui lui a infligé ça… Elle décide donc que son salut dépendra de sa capacité à résoudre cette énigme, à retrouver cet homme mystérieux et à l’arrêter. L’inspecteur Zed, chargé de l’affaire de ces meurtres de prostituées énuclées, va s’associer à elle.

L’écriture est fluide, efficace ; l’on cherche avec Anna, on se perd… Tackian maîtrise son sujet, l’histoire est savamment construite, à la limite du surnaturel – l’on sent que l’auteur s’est renseigné sur ce phénomène et nous livre un thriller haletant, que j’ai lu d’une traite. L’on suspecte un peu tout le monde tour à tour, avant de réaliser la vérité et de tomber de haut. Une réflexion sur la mort, sur le sens de la vie, voilà un premier roman réussi !

16/20

« ça peut pas rater » de Gilles Legardinier, paru chez Pocket en mars 2016

Synopsis

« – J’en ai ras le bol des mecs. Vous me gonflez ! J’en ai plus qu’assez de vos sales coups ! C’est votre tour de souffrir !
Marie pensait avoir trouvé l’homme de sa vie, jusqu’à ce que son couple implose de façon brutale et scandaleuse.
Anéantie, elle prend une décision sur laquelle elle jure de ne jamais revenir : ne plus faire confiance aux mâles et surtout, ne plus rien leur passer.
Ni dans sa vie privée, ni au travail. On remet les compteurs à zéro. On renverse la vapeur. La gentille Marie est morte, noyée de chagrin. À présent, c’est la méchante Marie qui est aux commandes.
Marie est remontée comme un coucou. Marie ne croit plus à l’amour, ce mirage source de tous les malheurs des femmes.
Mais voilà, Marie a du cœur, une famille, des amies aussi tordues qu’elle et une soif de vivre qui n’a pas fini de la précipiter dans des plans impossibles. Et si, au-delà de ses illusions perdues, il était temps pour elle de découvrir tout ce qui vaut vraiment la peine d’être vécu ? »

Marie, après de nombreuses et loyales années passées avec Hugues, se fait quitter pour une femme plus jeune qu’elle et plus glamour. Elle décide donc qu’elle ne se fera plus avoir par les hommes, ces êtres cruels et incompréhensibles… Sa vengeance sera terrible !
La base de l’histoire en elle-même est déjà un poncif éculé, mais l’on aurait pu penser qu’un peu d’originalité aurait pu se dégager du synopsis vu et revu. Hélas, non ! Les clichés sur les hommes (tous pareils : renfermés, superficiels, cruels) et les femmes (but ultime de leur vie : trouver un homme bien à qui mitonner de bon petits plats, ainsi que la parfaite paire de chaussures) parsèment (et agacent fortement) ce roman. Les ressorts « comiques » de cette ouvrage reposent donc essentiellement sur le thème « les hommes viennent de mars, les femmes viennent de vénus ».
Si je n’adhère déjà pas à l’idée que « les hommes/les femmes sont tous les mêmes », alors là j’ai eu ma dose… Sans oublier que dès les trente premières pages l’on sait déjà comment l’histoire va finir : (attention spoil…) Marie va finir heureuse et comblée au bras de son collègue de travail qu’elle n’avait jamais remarqué, Hugues seul et malheureux, et en prime, Marie va sauver les salariés de sa boîte menacés par un méchant patron et son bras droit. Car, comme elle le dit elle-même : « je suis faite pour aimer, pas pour combattre ». Ben oui, les femmes sont douces et gentilles tout de même, même lorsqu’elles sont en colère. Et j’ai trouvé l’héroïne prodigieusement irritante… Si elle est censée représenter la gente féminine, alors je ne suis pas une femme – ni un hommes, ces derniers n’étant pas épargnés par les stéréotypes, mais divisés en deux catégories : les salauds et les princes charmants (oui, comme dans un conte de fées).
Je ne sais pas si c’est la vision des rapports hommes/femmes de Mr Legardinier, ou juste un procédé qu’il utilise pour faire des « blagues » faciles (et mille fois lues et entendues), mais dans les deux cas, j’ai été écoeurée de tous ces clichés, et de cette mièvrerie rose bonbon… De cet auteur, je me souviens avoir apprécié son premier roman, « L’exil des anges« , et je pense que je vais en rester là, ses autres romans semblent être taillés sur le même modèle.

4/20

« Trembler te va si bien » de Risa Wataya, paru aux éditions Philippe Picquier en septembre 2013

Synopsis

« Etô Yoshika, vingt-six ans. Nationalité japonaise, groupe sanguin B, employée à K.K. Maruei, facilement acnéique. Copain zéro, économies zéro. Loyer mensuel : 75 000 yens. Ce que je déteste : les glandeurs. Ce que j’aime : le ragoût de bœuf. Ma passion du moment : chercher sur Wikipédia les espèces animales éteintes. »

Je lis très peu de romans asiatiques, mais celui, posé en évidence sur une table dans une bibliothèque, m’a intriguée. J’ai eu envie de lire l’histoire d’Etô, une jeune japonaise de 26 ans, perdue dans ses errances amoureuses, entre l’homme qu’elle convoite depuis le collège, Ichi, et celui qui lui fait la cour, son collègue Ni.

Etô nous raconte sa vie et ses pensées, et nous découvrons d’autres moeurs, très éloignées des nôtres, même si, au fond, cette jeune fille pourrait être n’importe quelle française. Mais Etô se heurte au pragmatisme de sa mère et de la société, elle qui voudrait écrire sa vie comme un roman.

Dans un style limpide, nous plongeons dans le monde d’Etô, entre fantasmes et réalité. Un roman court, qui m’a un peu laissé sur ma faim, mais doux, rêveur, tout comme son héroïne.

Un livre excellent pour se lancer dans la littérature japonaise, qui m’a d’ailleurs donné envie d’en lire d’autres.

15/20