« Deux femmes » de Martina Cole, paru au Livre de Poche en 1999

Synopsis

 

« Dans l’East End, banlieue déprimée du sud-est de Londres, le danger et la violence sont des ingrédients de base. Susan y joue des seules armes dont elle dispose : l’humour et l’amour infini qu’elle porte à Barry, son mari, le caïd à la gueule d’ange. Mais Barry ne sait pas l’aimer, et la frappe à la moindre contrariété. Un soir, dans un acte désespéré, Susan lui fait éclater le crâne à coups de marteau. Sa seule certitude, c’est d’avoir protégé ses quatre enfants d’un monstre. Eux, au moins, lui auront échappé. On la transfère dans la cellule de Matilda Enderby, meurtrière elle aussi. Les destins de ces deux femmes vont se nouer à jamais. Personne, Sue mise à part, n’aurait pu prédire quelles conséquences aurait leur rencontre… »

 

Autrice qui m’était inconnue, j’ai trouvé son livre par hasard sur une table de bibliothèque. Tentons ! Bien m’en a pris.

 

Plus que l’histoire des « deux femmes » du titre, c’est l’histoire de Susan Dalston, née McNamara, que l’on suit. Née dans un quartier pauvre de Londres, où les gangs et la violence font loi, son père est violent tandis que sa mère encaisse les coups, folâtre, et néglige ses deux filles. Debbie, la plus jolie, est égocentrique et mauvaise ; Susan, bonne pâte, passe sa vie le nez dans les bouquins. Mais cette dernière n’en peut plus du climat familial, et se marie avec Barry Dalston, un beau gosse et petite frappe à ses heures, dès ses seize ans pour échapper à ses géniteurs. Malheureusement, son Barry ne vaut pas mieux que son père, et elle finit par lui écraser le crâne à coups de marteau.
En prison, elle fera la connaissance de Matty ; si à priori tout les oppose – cette dernière étant cultivée et aisée – elle vont finir par se soutenir et s’entraider.

 

Ce roman est noir, très noir, mais décrit malgré tout une réalité qui a existé et qui existe toujours un peu partout, surtout dans les endroits où la misère fait rage. Le ton est juste, les dialogues durs, les situations tristes à pleurer, mais, çà et là, les femmes malmenées trouvent le moyen de (sur)vivre tant bien que mal, avec un peu d’humour et beaucoup de lassitude. Pas un roman policier à proprement parler, plutôt un roman de moeurs qui tourne au thriller psychologique. L’écriture est juste, tape fort, l’on ressent ce que Susan et toutes les autres ressentent.

 

En France aujourd’hui, on compte 122 meurtres de femmes par (ex)conjoints, et les plaintes posées pour violences conjugales restent très souvent lettre morte. Un livre à ne pas rater.

 

17/20

« Appelle-moi » de Sophie McKenzie paru chez Pocket en janvier 2017

Synopsis

 

« Appelle-moi. Besoin de te parler ». C’est le dernier message de Julia à sa meilleure amie… avant d’être retrouvée morte.
Samedi soir, quand Livy reçoit le texto de Julia, elle ne trouve pas le temps de la rappeler. Mais lorsqu’elle sonne à sa porte le dimanche matin, son amie ne lui ouvre pas. Car Julia est morte. Suicide, conclut la police. Pourtant Livy connaît Julia mieux que personne. La jeune femme n’aurait jamais mis fin à ses jours. Une seule explication : elle a été assassinée, comme l’avait été la propre sœur de Livy vingt ans plus tôt… Qui a tué Julia ? Pourquoi ? C’est ce que Livy veut découvrir à tout prix. Comment imaginer que son passé, terrifiant, va la rattraper ?

 

Une autrice inconnue, une quatrième de couverture qui donne envie, allez, je me jette à l’eau ! Je ne l’ai pas regretté, elle était fort agréable.

 
Livy, mère au foyer, deux enfants, un mari qui travaille et voyage beaucoup, se rend à une soirée organisée par le patron de ce dernier. Nerveuse car elle sait que s’y trouvera l’ex-maîtresse de son mari, elle ne réagit pas aux SMS de sa meilleure amie, qui lui demande de l’appeler, et lui indique qu’elle a besoin d’elle.

 
Le lendemain, quand elle se rend chez Julia pour leur déjeuner hebdomadaire et la trouve morte, elle se sent coupable. Mais la police conclue à un suicide ; elle aurait absorbé trop de barbituriques et une lettre d’adieu trouvée sur son ordinateur clôt l’enquête. Mais Livy connaissait Julia, et ne croit pas une seconde à cette thèse : elle va se lancer à la recherche du meurtrier avec l’aide de Damian, l’amant de feu Julia…

 
Un thriller bien ficelé, à l’écriture nerveuse et incisive, qui se lit d’une traite. Les multiples rebondissements nous font douter de tout le monde, et la fin est bien amenée. Un petit régal !

 

16/20

 

 

« La veuve » de Fiona Barton, édité chez Fleuve noir en janvier 2017

Synopsis

 

Mari idéal ou parfait assassin ? Elle devait savoir… non ?
La vie de Jane Taylor a toujours été ordinaire.
Un travail sans histoire, une jolie maison, un mari attentionné, en somme tout ce dont elle pouvait rêver, ou presque.
Jusqu’au jour où une petite fille disparaît et que les médias désignent Glen, son époux, comme LE suspect principal de ce crime.
Depuis ce jour, plus rien n’a été pareil.
Jane devient la femme d’un monstre aux yeux de tous.
Les quatre années suivantes ressemblent à une descente aux enfers : accusée par la justice, assaillie par les médias, abandonnée par ses amis, elle ne connaît plus le bonheur ni la tranquillité, même après un acquittement.
Mais aujourd’hui, Glen est mort. Fauché par un bus.
Ne reste que Jane, celle qui a tout subi, qui pourtant n’est jamais partie. Traquée par un policier en quête de vérité et une journaliste sans scrupule, la veuve va-t-elle enfin délivrer sa version de l’histoire ?

 

Premier roman de cette autrice, ce fut la quatrième de couverture qui m’a attirée. Je ne savais pas à quoi m’attendre, et j’ai été très agréablement surprise ! Ce thriller psychologique m’a véritablement happée.

 
Glenn et Jane Taylor ont une vie sans histoire, jusqu’à ce que Glenn soit accusé d’avoir enlevé une petite fille car pédophile. Jane est une épouse soumise, femme au foyer n’ayant que très peu de contact avec le monde extérieur ; Glenn est toute sa vie, d’autant qu’elle l’a épousé très jeune. Elle va donc se tenir aux côtés de son époux durant le procès, quand bien même sont révélés ses vilains secrets. Les preuves sont trop minces, donc Glenn est acquitté ; quand bien même, son étiquette d’abuseur d’enfants restera, et Jane l’épouse du pédophile.

 
C’est un roman qui se déroule sur plusieurs années, et à quatre voix : la veuve, la journaliste, l’enquêteur et la mère. Ainsi, l’histoire est vue à travers les points de vue des protagonistes, ce qui confère une réelle épaisseur à ce roman. Bien écrit, il se lit d’une traite : le suspense est à son comble ; Glenn a-t-il, oui ou non, enlevé cette petite fille ?
Le seul petit bémol que j’émettrais sur ce roman est que je m’attendais à une fin un peu plus spectaculaire. Mais, définitivement, Fiona Barton est une écrivaine à suivre.

 

 

 

« Sans faille » de Valentin Musso, paru chez Points en janvier 2015

Synospsis

 

Ils sont cinq. Cinq amis, la trentaine, qui se retrouvent après plusieurs années pour une randonnée dans les Pyrénées, le temps d’un week-end. Romuald, le gamin des cités à qui tout a réussi, a invité Théo, Dorothée, David et Juliette dans son luxueux chalet. Mais la montagne lui est-elle aussi familière qu’il l’a laissé croire? Le groupe s’égare, d’anciennes inimitiés ressurgissent, les secrets de chacun se font jour. Jusqu’au drame. Impensable. Imprévisible ? C’est du moins ce qu’il croient, au début…

 

Ce n’est que très récemment que j’ai découvert Valentin Musso, petit frère de Guillaume ; s’ils ont en commun d’appliquer un suspense implacable dans leurs romans, Valentin préfère les thrillers où les morts s’entassent. de lui, j’avais aimé « Le murmure de l’ogre » mais moyennement apprécié « Une vraie famille« . Cependant, la quatrième de couverture de « Sans faille » m’a conquise, et je n’ai pas été déçue.

 
Théo et Romuald étaient inséparable en prépa : Théo, le fils à papa, riche à outrance, et Romuald, le prodige des cités qui réussi à se hisser dans un lycée élitiste. Ils se perdent de vue, et dix ans après se croisent dans un café. Romuald a réussi dans les affaire et invite son vieil ami ainsi que ses proches dans une randonnée en montagne.
Ceci dit, les non dits, les secrets, vont rendre cette excursion étouffante et flippante. Romuald est-il celui qu’il prétend être ? Pourquoi celui qui se proclamait comme un guide expérimenté des montagnes se perd t-il, et le groupe avec ?

 
J’ai beaucoup aimé ce huis clos, angoissant à souhait. On découvre les secrets au fur et à mesure, et la peur nous étreint inexorablement. La prose est parfaite, entre les flash backs et le présent ; mon seul regret, celui qui m’a stoppée dans le fait de mettre cinq étoiles, est la fin, un peu trop vague à mon goût. J’aime quand les choses sont claires, mais ce choix peut très certainement plaire à d’autres.

 

16/20

« L’idéaliste » de John Grisham, paru chez Pocket en mars 1998

Synopsis

Aux Etats-Unis, les facultés de droit ont en leur sein de sacrées personnalités: Rudy Baylor est l’un d’eux. Etudiant brillant et travailleur, son origine modeste en fait un paria courant les petits boulots pour payer ses études, survivant sur le fil du rasoir.
C’est pourtant lui qui, sitôt son diplôme en poche, sera à l’origine d’un procès retentissant, dont le scandale éclaboussera l’une des plus grosses compagnies d’assurances.
A travers une description sans concession de l’Amérique contemporaine, de paumés de toutes sortes, de femmes battues, de vieillards désemparés, John Grisham nous entraîne une nouvelle fois dans une aventure haletante au cœur de laquelle Rudy se débat face au cynisme sans limite du système.

 

Ce livre est le tout premier thriller juridique que je lis ; une sorte de baptême du feu si l’on veut. Le fait est que si j’engloutis énormément de thrillers, notamment psychologiques ou à thème scientifique, j’ai toujours eu d’énormes préjugés envers ce genre. Le plus prégnant étant celui qu’un roman se déroulant dans un tribunal, sans meurtres sanglants et/ou tensions stressantes, ne pouvait que s’avérer lent et rébarbatif. Avant de prendre un train, je décide donc de donner une chance à ce type d’ouvrage en emportant pour le voyage un roman du célèbre John Grisham. Et c’est là que je me dois de reconnaître que j’avais tort sur toute la ligne.

 
Rudy Baylor est un avocat fraîchement émoulu de la faculté de Memphis. Malheureusement, contrairement à ses camarade de promotion, il ne trouve aucun cabinet pour l’engager ; le voilà donc contraint de faire un partenariat avec un homme d’une quarantaine d’année qui a raté l’examen du barreau six fois, et qui n’a donc pas le titre officiel d’avocat. De plus, il trempe dans des affaires louches avec deux hommes d’affaires véreux. Mais Rudy n’a seulement pas vraiment le choix, mais il est en plus tombé par hasard sur un cas qui pourrait s’avérer mirifique pour sa carrière : une compagnie d’assurance escroquant sans vergogne ses clients. La famille Black en a fait les frais ; leur fils de 17 ans, Donny Ray, est mort de leucémie faute d’avoir eu le financement nécessaire pour une greffe de moelle osseuse.

 

En parallèle, nous suivons l’histoire de Kelly, une jeune femme de 19 ans victime de violences conjugales, esseulée et effrayée. Rudy va faire tout pour la sauver des griffes de son bourreau.

 
S’il m’a fallu une petite centaine de pages pour rentrer dans l’histoire, je n’ai ensuite plus pu lâcher ce bouquin. Point de lenteurs, au contraire, des rebondissements, une plongée passionnante dans la monde cruel et cynique d’une Amérique qui n’hésite pas à laisser mourir les pauvres, et en prime, de francs éclats de rire devant la déconfiture de tous ces cols blancs pourris jusqu’à la moelle. Captivant, ce roman est très bien écrit et les personnages, bons ou gentils, ont une réelle consistance. Je me suis particulièrement attachée à Dot, la pauvre mère victime d’un système corrompu, et au héros, à ses déboires tout autant qu’à son acharnement à vouloir faire tomber la compagnie véreuse.
Pour faire court, j’ai adoré, et je pense que c’est le premier thriller juridique mais très certainement pas le dernier…

 

17/20

« Révélée » de Renee Knight paru chez 10/18 en avril 2016

Synopsis

« Toute ressemblance avec des personnages existant ou ayant existé n’est certainement pas fortuite… Le livre a simplement été déposé dans sa boïte aux lettres. Sans cachet de la poste, sans aucun message. Depuis qu’elle l’a commencé, Catherine ne dort plus. C’est sa vie qu’elle lit, révélée sur le papier par un inconnu. Un certain E. J. Preston qui sait tout d’elle. Même son secret le mieux enfoui… « 

Premier roman de l’autrice, la quatrième de couverture m’a tentée dans ma librairie de quartier. Un thriller psychologique avec un bouquin qui dévoile les plus noirs secrets d’une quidam ? Tout ça me semble fort tentant ! Malheureusement, mes attentes auront été largement déçues…

 
Catherine s’aperçoit un jour qu’un livre qu’elle ne se rappelle pas avoir acheté ou emprunté est posé sur sa table de nuit. Curieuse, elle le lit, et découvre que l’héroïne partage de nombreux points communs avec elle, notamment un lourd secret qu’elle a gardé pour elle durant 20 ans. Son mari et son fils en reçoivent également un exemplaire, et l’étau se resserre autour de Catherine et de ce secret qu’elle ne veut absolument pas révéler… L’alternance du passé et du présent est bien rendu, ainsi que la narration alternée de deux personnages.

 
Mais bon sang, que c’est lent ! Que c’est redondant ! J’ai vraiment hésité à arrêter ma lecture, mais je me disais que, peut-être, le twist final serait l’apothéose de cette lecture poussive. Il y a bien un twist, mais rien de transcendant…

 
Un roman qui semblait prometteur mais qui m’a déçu et ennuyé.

7/20

« Sorry » de Zoran Drvenkar, paru en mai 2012 chez Le livre de poche

Synopsis

« Berlin. Tamara, Frauke, Kris et Wolf se sont connus au lycée. Dix ans plus tard, après une succession de petits boulots, de drames personnels, de défaites diverses et de blessures secrètes, c’est sans trop d’illusions qu’ils abordent la trentaine. Tout va néanmoins changer très vite à partir du jour où ils ont l’idée de créer ensemble une agence nommée Sorry, dont l’objet est de s’excuser à la place des autres. Très vite le succès est au rendez-vous et ils aident des hommes d’affaires qui s’estiment s’être mal comportés envers un salarié, un associé ou une entreprise à alléger leurs remords en allant à leur place chercher le pardon auprès de leur victime.
Tout va pour le mieux jusqu’au jour où sous un prétexte fallacieux un mystérieux interlocuteur les envoie dans un appartement berlinois, où les attend une femme torturée à mort. L’assassin a besoin de Sorry afin de soulager sa conscience et d’obtenir l’absolution pour les horribles souffrances qu’il inflige.
C’est le début d’une longue descente aux enfers pour les quatre amis. Pris dans un piège infernal et mortel, ils n’auront d’autre solution que de découvrir au plus vite l’identité et les mobiles de ce mystérieux tueur qui les manipule et semble parfaitement les connaître. »

J’ai découvert cet auteur lors de mes pérégrinations sur Babelio, l’un des membres le comparant à Fitzek. Ni une ni deux, je me procure cet ouvrage dont la quatrième de couverture est fort alléchante. Un bon petit polar psychologique, allemand qui plus est afin de diversifier les pays que je « visite », et roule ma poule !
Tamara, Frauke, Kris et Wolf se connaissent depuis l’enfance. Si à l’époque ils étaient inséparables, ces derniers temps ils ont fait cavalier seul, avec pour seuls résultats un licenciement pour l’un, une rupture pour une autre, une dépression… le tableau est bien sombre pour notre quatre protagonistes. Kris, assis sur un banc, dans un parc, totalement désemparé quant à son futur, trouve une idée de génie : une agence qui s’excuse pour les autres, souvent trop lâches pour le faire eux-même ! Ses amis acceptent de se lancer dans l’aventure ; l’agence « Sorry » est née. Et le moins que l’on puisse dire c’est qu’elle cartonne, même s’il n’y a aucune publicité, tout se fait au bouche à oreille.
Voilà, entre autre, ce que le meurtrier attendait pour frapper ; une espèce d’absolution. Il envoie la fine équipe sur les lieux de son crime et les enjoint de s’excuser auprès du cadavre de sa part. Aucune échappatoire pour nos héros : l’assassin les connaît très bien et menace leur famille.
Un thriller haletant, qui nous met la tête à l’envers ; nous avons effectivement une personne qui nous relate l’histoire, mais impossible de découvrir qui il est… Rebondissements, intrigue sacrément bien ficelée, une tension se fait sentir tout au long du roman. On se met à douter de tout le monde, on regarde par dessus son épaule, au cas où ! Je vous mets au défi de découvrir le meurtrier, qui vivra et qui mourra…
Un roman implacable qui ne nous laisse aucun moment de répit.

17/20

 

« Après la nuit » de Chevy Stevens, paru chez Pocket en avril 2016

Synopsis

« Adolescente, Tonie Murphy avait des problèmes de son âge : une petite soeur avec laquelle elle ne s’entendait pas, une relation compliquée avec ses parents, des camarades parfois cruels. Mais lorsque sa soeur se fait sauvagement assassiner, sa vie et celle de son petit ami Ryan basculent. Le couple est accusé de meurtre. Ils passeront à l’âge adulte derrière des barreaux.
Aujourd’hui Tonie a 34 ans et rentre chez elle en liberté conditionnelle avec une seule idée en tête : ne pas s’attirer d’ennui. Mais, harcelée par celles-là même qui lui menaient la vie dure au lycée, soupçonnée par sa propre mère, elle doit d’abord rétablir la vérité sur cette terrible nuit, celle où elle a perdu sa soeur et sa jeunesse… »

Adepte des romans de Chevy Stevens, je n’ai, encore une fois, pas été déçue. Je dirais même que c’est son meilleur livre. Elle avait déjà prouvé son talent pour narrer la psychologie des personnages, mais avec le personnage de Tonie, attachante, rebelle, complexe, l’autrice atteint une espèce d’apothéose. Car rien ne sera épargné à son héroïne, que ce soient des violences physiques ou psychologique ; on se glisse dans sa peau lors de ses moments d’abattements comme durant ceux où elle relève la tête pour affronter les épreuves qui jalonnent son existence.

La trame narrative s’articule autour de trois périodes clé de la vie de Tonie. Le début se situe dans les années 90, elle a 17 ans, est au lycée et aime à la folie son petit ami Ryan. Mais Shauna et sa bande de filles, l’archétype des pestes jolies et populaires qui peuplent toute série américaine sur l’adolescence, font tout pour lui rendre la vie impossible. Lorsque sa jeune soeur Nicole rejoint la bande, Tonie s’inquiète de son comportement ; autrefois douce et bonne élève, elle se met à boire et à faire le mur. Si ses parents s’inquiètent et s’énervent du comportement impulsif et colérique de Tonie, ils ne remarquent pas le manège de sa petite soeur.

Mais lors d’une balade près du lac, où Tonie et son copain Ryan emmènent Nicole qui semble apeurée à l’idée de rester seule, cette dernière se fait assassiner tandis que les deux amoureux s’étaient réfugiés quelques heures dans les bois. A cause des témoignages accablants de Shauna et de ses amies, le couple se retrouve en prison pour meurtre. Une fois sortie, Tonie tente de retrouver une vie normale, mais Shauna ne l’entend pas de cette oreille et n’a de cesse de lui pourrir la vie ; Tonie, avec l’aide de Ryan, va mener l’enquête afin de découvrir le véritable meurtrier de sa soeur et enfin blanchir leurs noms. L’on va également suivre le dur parcours de Tonie en prison où elle va devoir apprendre à se faire respecter.

On vit littéralement avec Tonie, on partage sa colère, ses craintes, son indignation devant tant d’injustices. On veut qu’elle s’en sorte, que le meurtrier de sa soeur paie le prix fort pour toutes les vies qu’il a brisé. Je n’ai pas seulement lu ce roman, je l’ai vécu, les pages se tournent seules, je suis fébrile de savoir ce qu’il va se passer, de comment tout ça va terminer. Une fois le livre fini, je continue à penser à Tonie et à la suite de sa vie. Un thriller qui va me hanter longtemps.

18/20

 

 

 

« Serre-moi fort » de Claire Favan, paru chez Robert Laffont en février 2016

Synopsis

« Cela pourrait ressembler à un appel au secours. Du jeune Nick, tout d’abord. Victime collatérale de la disparition inexpliquée de sa sœur, contraint de vivre dans un foyer brisé et entre deux parents totalement obsédés par leur quête de vérité. Il aimerait tant que sa mère le prenne dans ses bras… D’Adam Gibson, ensuite. Policier chargé de diriger l’équipe qui enquête sur la découverte d’un effroyable charnier dans l’Alabama, il doit identifier les victimes – toutes des femmes – et tenter de remonter jusqu’au tueur, qui a savamment brouillé les pistes. Si Adam parvient à cerner quelques-unes de ses motivations, c’est à peu près tout. Et il prend le risque de trop qui le jette directement dans les bras du tueur. Commence alors entre eux un affrontement psychologique d’une rare violence… « 

De Claire Favan, j’avais apprécié « Le tueur intime », sans plus. J’ai vu son dernier ouvrage sur la table des nouveautés à la bibliothèque, et me suis dit « pourquoi pas ? » ; ce roman ayant une quatrième de couverture prometteuse et des critiques dithyrambiques. Et bien… WAOU ! Il n’y a pas à dire, l’autrice se bonifie avec l’âge. Ce livre m’a tant tenue en haleine que je l’ai lu en deux jours, ratant moult stations de métro tant j’étais absorbée par cette intrigue génialement folle.

Construit en deux parties, on compatit tout d’abord avec Nick, qui déjà de son vivant n’existait pas ou prou aux yeux de ses parents, éblouis par sa soeur aînée, belle, intelligente, sociale, populaire, et, accessoirement, martyr de son petit frère. Celle-ci disparue, les parents tombent dans la dépendance, l’une des cachets, l’autre dans l’alcool. Nick tient la baraque tant bien que mal, réussit le lycée et compte s’envoler vers New York pour étudier. C’est à ce moment-là que ses parents décident de se reprendre en main, non pas pour recommencer à vivre normalement, mais pour rejoindre un groupe de personnes qui ont perdu des êtres chers ; ils vont d’y investir corps et âme, et Nick est sommé de les suivre et les aider. Adieu New York, il ira à l’université la plus proche, car, même disparue, Lana reste la favorite.

L’inspecteur Adam Gibson, quant à lui, a perdu sa femme des suites d’un cancer long et éprouvant. Sa fille aînée a très mal vécu cette perte, et le fait payer cher à son père, qui préfère trouver refuge dans son travail que dans un foyer familial brisé. Un charnier contenant 18 cadavres de femmes est trouvé par hasard, et le corps le plus ancien a une quinzaine d’années. Des corps pour la plupart momifiés, qu’il va falloir identifier un par un, et surtout, retrouver celui qui a fait ça. C’est là que la partie se corse, car beaucoup de disparitions de jeunes femmes ont été imputées à l’Origamiste, qui croupit en prison depuis depuis des années, alors que certains corps sont récents… Gibson n’a aucune idée de l’horreur dans laquelle il s’embarque en menant cette enquête ; âmes sensibles, s’abstenir !

C’est d’une plume maîtrisée que Favan nous narre une intrigue d’une noirceur absolue, de faits absolument immondes, et c’est avec un plaisir coupable que l’on tourne les pages de ce livre dans une quête effrénée de vérité. Quoique plus que la vérité, que nous entrevoyons en milieu de roman, c’est la fin que nous attendons avec fébrilité. Car le tueur, particulièrement retors, totalement dépourvu d’une quelconque conscience morale, n’en finit pas de nous surprendre « grâce » à son esprit diabolique. Si vous ne deviez lire qu’un thriller psychologique cette année, ce serait celui-ci !

18/20

 

« Quelque part avant l’enfer » de Niko Tackian, paru chez Scrinéo en mars 2015

Synopsis

« Anna R. est une survivante. L’espace d’une seconde, lorsqu’une tonne d’acier a fracassé l’habitacle de sa voiture, elle a vécu une expérience de mort imminente. De retour parmi les vivants, Anna n’aura de cesse d’essayer de comprendre ce qui lui est arrivé. Qui était cet homme baigné de lumière noire qui la menaçait jusqu’aux portes de la mort ? Pourquoi n’a-t-elle pas, comme les autres « expérienceurs », la conviction de pouvoir vivre une vie meilleure ?
Parfois, il faut peut-être mieux ne pas revenir… »

Premier roman d’un homme également réalisateur et dessinateur, le roman tourne autour du sujet de l’expérience de mort imminente ; quand une personne frôle la mort, et se retrouve dans une espèce d’entre-deux. Selon le sujet, l’expérience est majoritairement positive : dans un halo de lumière blanche, il peut revoir ses proches décédés et retrouver le but de sa vie. Malheureusement, dans le cas d’Anna, ce fut très angoissant : un homme la menace de la tuer, et ses rêves sont peuplés de cadavres existants…

Anna contacte un médecin spécialisé dans les EMI, le professeur Roody, afin d’élucider ce qui lui arrive. Elle est poursuivie par le meurtrier, autant dans ses songes que dans sa vie : elle retrouve son propre fils, le dos couvert d’hématomes, sans que ce dernier ne veuille dire qui lui a infligé ça… Elle décide donc que son salut dépendra de sa capacité à résoudre cette énigme, à retrouver cet homme mystérieux et à l’arrêter. L’inspecteur Zed, chargé de l’affaire de ces meurtres de prostituées énuclées, va s’associer à elle.

L’écriture est fluide, efficace ; l’on cherche avec Anna, on se perd… Tackian maîtrise son sujet, l’histoire est savamment construite, à la limite du surnaturel – l’on sent que l’auteur s’est renseigné sur ce phénomène et nous livre un thriller haletant, que j’ai lu d’une traite. L’on suspecte un peu tout le monde tour à tour, avant de réaliser la vérité et de tomber de haut. Une réflexion sur la mort, sur le sens de la vie, voilà un premier roman réussi !

16/20