« L’amie prodigieuse » d’Elena Ferrante, paru chez Folio en décembre 2015

Synopsis

« Je ne suis pas nostalgique de notre enfance: elle était pleine de violence. C’était la vie, un point c’est tout: et nous grandissions avec l’obligation de la rendre difficile aux autres avant que les autres ne nous la rendent difficile. »
Elena et Lila vivent dans un quartier pauvre de Naples à la fin des années cinquante. Bien qu’elles soient douées pour les études, ce n’est pas la voie qui leur est promise.
Lila abandonne l’école pour travailler dans l’échoppe de cordonnier de son père. Elena, soutenue par son institutrice, ira au collège puis au lycée. Les chemins des deux amies se croisent et s’éloignent, avec pour toile de fond une Naples sombre, en ébullition.
Formidable voyage dans l’Italie du boom économique, L’amie prodigieuse est le portrait de deux héroïnes inoubliables qu’Elena Ferrante traque avec passion et tendresse. »

 

Je vais juste tenter, avec mes mots, de vous faire partager le ressenti que j’ai eu en lisant ce fabuleux roman – qui, ouf ! a encore trois tomes pour satisfaire ma gourmandise !
D’ordinaire je lis plutôt des thrillers/romans policiers, ou des romans américains, du Royaume Uni, des pays scandinaves ou de Corée. Mais cet été j’ai été à Naples et ai donc commencé à lire la vie de deux filles vivant dans cette ville lors des années cinquante, Elena la sage et Lila l’intrépide.

 
Déjà, l’écriture est parfaite, simple et bien tournée ; limpide, un plaisir de lecture. Chapeau bas à l’autrice certes, mais aussi à la traductrice !
Elena est la narratrice, elle nous fait partager ses points de vue, ses histoires, mais en grande amie de Lila, elle suit ses faits et gestes avec force admiration. Si au début, elles ne savent rien de la Comorra, des restes de la seconde Guerre Mondiale – évidemment, elles ont 6 ans – à hauteur d’enfant on suit comme si l’on y était les querelles de gamins, la complicité et la dépendance affective de nos deux héroïnes, leur vie avec leur famille et l’on apprend les codes de cette ville d’il y a 77 ans.

 
Passionnant, ébouriffant, émouvant… J’ai lu cet opus d’une traite dès que j’avais cinq minutes tant je voulais connaître la suite. le second m’attend bien au chaud, après avoir lu un thriller tout de même 😉
Un énorme coup de coeur.

 

19/20

« Tout plutôt qu’être moi » de Ned Vizzini, paru aux éditions « La belle Colère » en janvier 2016

Synopsis

« Comme beaucoup d’adolescents, Craig est bien décidé à réussir sa vie. Il intègre l’une des plus prestigieuses prépas de New York, de celles qui font de vous un homme et assurent votre avenir. Seulement, au bout d’un an, il ne mange plus, ne dort plus, n’arrive plus à se lever, pense sans arrêt à ses devoirs, ses exams et à la jolie copine de son meilleur ami. Pour faire front à tout ça, il ne trouve d’autre solution que de fumer de l’herbe en glandant pendant des heures. Craig est pris dans une spirale d’anxiété, d’inquiétudes, de peurs qui l’acculent et le paralysent. Comment en est-il arrivé là ? Comment est on poussé au point où la pression se fait tellement forte et nous, si faibles que la seule solution qui s’offre à nous, c’est d’en finir ? « 

Il y a des éditions, comme La Belle Colère, dont on sait que les romans ne nous décevrons pas. Ainsi, quand j’ai vu ce livre trôner sur la table des nouveautés de ma bibliothèque, ni une, ni deux, je l’ai pris rapidement avant qu’une autre personne ne me devance ! Il faut savoir que cette maison d’édition est spécialisée dans les romans d’initiation consacrés aux adolescents. Point de mièvrerie, mais la réalité, dans tout ce qu’elle a de belle comme de cruelle.
Craig a quinze ans et des rêves plein la tête : faire des études prestigieuses, obtenir un bon travail, sortir avec la fille de ses rêves. Mais une fois accepté dans une école très sélective, il commence à se noyer devant les exigences demandées. Sans compter qu’il désire la petite amie de son meilleur ami. Petit à petit, il sombre dans la dépression ; il se fera interner dans un hôpital psychiatrique une fois le fond touché.
L’auteur, précoce vu qu’il a commencé à écrire dans la presse dès l’âge de 15 ans, était lui aussi dépressif, mais n’a pas pu la surmonter ; il s’est suicidé à l’âge de 32 ans. Ce qui explique très certainement sa capacité à retranscrire les émotions de Craig avec tant de justesse. Evitant l’écueil du pathos, Ned Vizzini nous livre ici un roman touchant, juste, qui prend aux tripes.

16/20

« Le poison d’amour » d’Eric-Emmanuel Schmitt, paru en octobre 2014 chez Albin Michel

Synopsis

« Quatre adolescentes en quête d’amour s’échangent des messages sur leurs désirs et leur impatience. Entre rêves sentimentaux et pression sociale, les jeunes filles aspirent à devenir des femmes. Jusqu’au jour où le drame a lieu… »

Je lis très peu de littérature française – mis à part les classiques – ; j’ai donc décidé d’emprunter ce livre à la bibliothèque, par curiosité. Cet auteur étant fort connu, prolifique, ayant écrit nombre de romans et de pièces de théâtre salués par la critique et notamment adaptés au cinéma, je me suis dit que ce pouvait être une valeur sûre. Hé bien… non ! En tout cas pas à mon goût.

Quatre adolescentes écrivent un journal intime ; ce roman croise les quatre récits. Nous avons donc Colombe, Anouchka, Julia et Raphaëlle. Mis à part quelques caractéristiques physiques (Colombe est très jolie, Raphaëlle plutôt masculine…) elles sont absolument toutes interchangeables. Heureusement que l’auteur précise qui écrit, sinon l’on s’emmêlerait sacrément les pinceaux : elles s’expriment et pensent quasiment de la même manière. Leur obsession commune : les garçons et l’amour. Plus stéréotypé et cliché que ça, tu meurs. Pour avoir été une adolescente et en avoir côtoyé, elles sont d’ordinaires plus complexes et moins niaises. Leurs pensées insipides m’ont plongé dans l’ennui et l’affliction les plus totales.

Quant au drame final, il est absolument risible. Ceci dit, vu le niveau de ces filles, superficielles, écervelées et pas bien malignes, qui décidément m’ont fortement agacé, le dénouement n’est pas si incongru. Leur « philosophie » de comptoir m’a souvent fait davantage rire que réfléchir… En bref, comme vous l’aurez compris, je n’ai pas du tout apprécié ce roman et ne comprends pas l’engouement qu’il suscite. Mais bon, les goûts et les couleurs…

5/20

« Entre Dieu et moi, c’est fini » de Katarina Mazetti, édité chez Babel en février 2011

Synopsis

« Linnea a seize ans, plein de complexes, et pas mal de questions qui lui trottent dans la tête. La seule qui la comprenait, c’était Pia. Sa meilleure amie, son amie pour la vie. Enfin, pour cent vingt jours, « sans compter les week-ends », Linnea a fait le calcul une fois. Maintenant que Pia est morte. Avec Pia, elle pouvait parler de tout : de l’amour, de la mode, de Markus, le beau gosse dont toutes les filles rêvent, de son père qu’elle voit deux fois par an, de sa mère qui a une liaison tumultueuse. Et de Dieu. Qu’est-ce que ça signifie « croire en Dieu »? Car ce n’est pas exactement la même chose que le père Noël. Une chose est sûre, ce n’est pas la peine de compter sur Dieu pour résoudre les équations du second degré. »

Comme beaucoup de gens, j’ai découvert cette excellente autrice via son premier roman pour adultes « Le mec de la tombe d’à côté » qui se base sur sa propre expérience de femme de paysan. J’ai ensuite lu plusieurs autres romans d’elle, et là je viens de finir ce livre pour adolescents, et je n’ai pas été déçue ; elle est aussi habile à se mettre dans la tête d’une jeune fille.

Linnea, donc, se sent plus que seule depuis la mort de sa meilleure amie Pia. Elle parle aux murs pour se décharger de sa souffrance, de ses frustrations, de sa solitude, et de tous les soucis qui émaillent la vie d’une adolescente. Cette grande tige poussée trop vite avait trouvé en Pia une confidente, une soeur, qui est elle aussi très grande, mais contrairement à Linnea, elle l’assume, en fait une force. Linnea l’admire pour cela, elle aimerait avoir autant d’assurance. Le récit alterne entre passé et présent ; Linnea continue sa vie tout en tentant de surmonter la disparition de sa meilleure amie, et discute avec sa grand-mère du mystère qui planait autour de Pia.

Sans jamais tomber dans le pathos, Mazetti sait capter les doutes et les peurs de Linnea de façon très juste, avec beaucoup de sensibilité. Les chapitres sont courts, la lecture fluide et agréable ; un très beau roman, juste et profond, sur l’adolescence et la mort. Il faut également savoir que ce livre est le premier d’une trilogie.

16/20

« Confession d’un gang de filles » de Joyce Carol Oates, paru aux éditions Le livre de poche en avril 2014

Synopsis

« Un quartier populaire d’une petite ville de l’État de New York, les années 1950. Cinq lycéennes, pour survivre et se venger de toutes les humiliations qu’elles ont subies, concluent un pacte, à la vie, à la mort : elles seront le gang Foxfire. « Foxfire » désigne les jolies filles, mais également le feu follet. La haine, et surtout celle des hommes, va les entraîner dans une impitoyable équipée sauvage. Après un séjour en maison de correction, legs, leur chef adulée, revient avec un rêve : pouvoir habiter, toutes ensemble, dans une ferme, et vivre selon leurs propres lois. »

Joyce Carol Oates est une autrice que j’apprécie beaucoup, prolifique, à la plume maîtrisée, quel que soit le sujet qu’elle aborde. Dans ce roman l’on atterrit dans une petit ville de classe populaire et Maddy nous relate ses années d’adolescente rebelle et révoltée où elle rejoint un gang de jeunes filles mené par Margaret, dite Legs, la plus frondeuse et rebelle de toutes.

Elles sont vite rejointes par d’autres filles qui n’en peuvent plus d’être constamment humiliées, rabaissées, notamment par des jeunes hommes. Car si Foxfire, le nom qu’elles se sont choisi, est le premier gang de filles, il y a par contre pas mal de gangs de garçons qui n’hésitent pas à dépasser les lignes. Rita est une jolie rousse qui attire les jeunes hommes mal intentionnés, Goldie est la brute ; le gang commence à s’organiser pour se venger des violences qu’elles subissent de la part des hommes. Mais Legs va aller trop loin en empruntant une voiture et va passer environ un an dans une maison de redressement. A sa sortie, loin d’être fini, Foxfire va continuer, s’enrichir de nouvelles membres, s’installer dans une maison et voler pour subvenir à leurs besoins, jusqu’à ce que Legs aille trop loin…

L’écrivaine arrive totalement à se mettre dans la peau de Maddy, une adolescente timide, intelligente, qui se laisse emporter par l’entrain, la rage et l’énergie de Legs, surnommée ainsi car elle ne cesse de courir. Elle est une vraie leadeuse, un personnage très intéressant, rebelle, surtout dans une époque où les filles n’ont que peu de droits, de choix. Eprises de liberté, on s’attache à elles, et même si elles n’ont que faire des lois, on ne peut qu’adhérer à leurs combats. Féministes avant l’heure et même sans le savoir, ces jeunes filles représentent l’adolescence, ses folies, son énergie.

Un beau roman sur l’adolescence, la sororité et la liberté.

16/20

« Vous parler de ça » de Laurie Halse Anderson, paru aux éditions La belle Colère en octobre 2014

Synopsis

« Melinda Sordino ne trouve plus les mots. Ou plus exactement, ils s’étranglent avant d’atteindre ses lèvres. Sa gorge se visse dans l’étau d’un secret et il ne lui reste que ces pages pour vous parler de ça. Se coupant du monde, elle se voit repoussée progressivement par les élèves, les professeurs, ses amis et même ses parents. Elle fait l’expérience intime de la plus grande des injustices : devenir un paria parce que ceux dont elle aurait tant besoin pensent que le mal être, c’est trop compliqué, contagieux, pas fun. Melinda va livrer une longue et courageuse bataille, contre la peur, le rejet, contre elle-même et le monstre qui rôde dans les couloirs du lycée »

Melinda quitte le collège pour le lycée ; mais durant l’été, elle a vécu un événement traumatisant qui la fait sombrer dans le mutisme et la dépression. N’arrivant pas à expliquer ce qui la ronge, elle se retrouve désemparée et s’enferme dans sa solitude.

Ce livre traite d’un sujet délicat, douloureux, et malheureusement très répandu. Et, effectivement, il faut en parler, et cesser de se taire sur ce qui est encore un tabou à notre époque, malgré le nombre effarant de victimes et, de facto, de criminels, très souvent impunis…

Les chapitres sont courts, tels des instants de vie, et Melinda observe ce et ceux qui l’entourent, tente de les comprendre, à travers le prisme de ses émotions. Si le livre parle d’un sujet sombre et l’héroïne est très affectée, cette dernière use d’humour noir comme d’une carapace, et dépeint la vie lycéenne et l’adolescence de façon très juste, puisque qu’elle en est en quelque sorte coupée. Elle est en quelque sorte une observatrice extérieure qui « analyse » les comportements de ses congénères, tout en se débattant avec le trauma qui l’habite. Un excellent roman, bien écrit, sensible sans tomber dans le pathos.

16/20

« Will & Will » de John Green et David Levithan, aux éditions Scripto – Paru en août 2014

Synopsis

« Will Grayson se méfie des sentiments. Les histoires de coeur portent la poisse, tout le temps. Alors, dans la vie, autant se faire discret. Son meilleur ami, Tiny Cooper, est a à la fois une bénédiction et une vraie plaie : ami fidèle et rayonnant, il est aussi ouvertement gay que corpulent et n’a pas l’habitude de passer inaperçu. A l’autre bout de la ville, un adolescent en pleine déprime assume mal sa différence. Le hasard veut qu’il se nomme lui aussi Will Grayson… »

L’un des deux auteurs de ce livre, John Green, s’est fait connaître grâce à son roman « Nos étoiles contraires » adapté au cinéma cette année en France. J’avais déjà eu l’occasion de le lire avant cela avec son livre « La face cachée de Margo » qui ne m’avait pas vraiment convaincue. Mais il était largement remonté dans mon estime avec « Nos étoiles contraires », un roman délicat, émouvant, juste.

Avec « Will & Will », co-écrit avec David Levithan, l’on reste dans le domaine du roman adolescent et initiatique, où l’homosexualité et l’acceptation tiennent une place prépondérante. Un sujet délicat, plutôt bien abordé ; d’un côté, Tiny Cooper assume tout à fait son orientation sexuelle – ainsi que son obésité – tandis que « l’autre » Will Grayson, celui qui habite au bout de la ville, dépressif, va le/se cacher, même à ses amis. Ce dernier va être aidé par Tiny afin de s’accepter tel qu’il est. Le meilleur ami de Tiny va lui aussi se laisser aller à tomber amoureux grâce à l’énergie et l’optimisme de ce personnage haut en couleurs.

Si la première moitié de ce roman m’a beaucoup plu, la deuxième en revanche m’a déçue. Rien à redire sur le style d’écriture, plutôt acide et drôle en fonction du narrateur (les deux Will se partagent la plume) mais la fin est plutôt bâclée, et dégouline, à mon goût, un peu trop de bons sentiments. Comme si d’un coup, deux adolescents plutôt dépressifs, découvrent l’épiphanie grâce à une tierce personne, Tiny Cooper, qui est à mon sens le véritable héros de ce roman, autour duquel gravitent les deux Will.

En résumé, un roman agréable, sans plus, qui ne restera pas dans mes annales.

11,5/20