« Après la nuit » de Chevy Stevens, paru chez Pocket en avril 2016

Synopsis

« Adolescente, Tonie Murphy avait des problèmes de son âge : une petite soeur avec laquelle elle ne s’entendait pas, une relation compliquée avec ses parents, des camarades parfois cruels. Mais lorsque sa soeur se fait sauvagement assassiner, sa vie et celle de son petit ami Ryan basculent. Le couple est accusé de meurtre. Ils passeront à l’âge adulte derrière des barreaux.
Aujourd’hui Tonie a 34 ans et rentre chez elle en liberté conditionnelle avec une seule idée en tête : ne pas s’attirer d’ennui. Mais, harcelée par celles-là même qui lui menaient la vie dure au lycée, soupçonnée par sa propre mère, elle doit d’abord rétablir la vérité sur cette terrible nuit, celle où elle a perdu sa soeur et sa jeunesse… »

Adepte des romans de Chevy Stevens, je n’ai, encore une fois, pas été déçue. Je dirais même que c’est son meilleur livre. Elle avait déjà prouvé son talent pour narrer la psychologie des personnages, mais avec le personnage de Tonie, attachante, rebelle, complexe, l’autrice atteint une espèce d’apothéose. Car rien ne sera épargné à son héroïne, que ce soient des violences physiques ou psychologique ; on se glisse dans sa peau lors de ses moments d’abattements comme durant ceux où elle relève la tête pour affronter les épreuves qui jalonnent son existence.

La trame narrative s’articule autour de trois périodes clé de la vie de Tonie. Le début se situe dans les années 90, elle a 17 ans, est au lycée et aime à la folie son petit ami Ryan. Mais Shauna et sa bande de filles, l’archétype des pestes jolies et populaires qui peuplent toute série américaine sur l’adolescence, font tout pour lui rendre la vie impossible. Lorsque sa jeune soeur Nicole rejoint la bande, Tonie s’inquiète de son comportement ; autrefois douce et bonne élève, elle se met à boire et à faire le mur. Si ses parents s’inquiètent et s’énervent du comportement impulsif et colérique de Tonie, ils ne remarquent pas le manège de sa petite soeur.

Mais lors d’une balade près du lac, où Tonie et son copain Ryan emmènent Nicole qui semble apeurée à l’idée de rester seule, cette dernière se fait assassiner tandis que les deux amoureux s’étaient réfugiés quelques heures dans les bois. A cause des témoignages accablants de Shauna et de ses amies, le couple se retrouve en prison pour meurtre. Une fois sortie, Tonie tente de retrouver une vie normale, mais Shauna ne l’entend pas de cette oreille et n’a de cesse de lui pourrir la vie ; Tonie, avec l’aide de Ryan, va mener l’enquête afin de découvrir le véritable meurtrier de sa soeur et enfin blanchir leurs noms. L’on va également suivre le dur parcours de Tonie en prison où elle va devoir apprendre à se faire respecter.

On vit littéralement avec Tonie, on partage sa colère, ses craintes, son indignation devant tant d’injustices. On veut qu’elle s’en sorte, que le meurtrier de sa soeur paie le prix fort pour toutes les vies qu’il a brisé. Je n’ai pas seulement lu ce roman, je l’ai vécu, les pages se tournent seules, je suis fébrile de savoir ce qu’il va se passer, de comment tout ça va terminer. Une fois le livre fini, je continue à penser à Tonie et à la suite de sa vie. Un thriller qui va me hanter longtemps.

18/20

 

 

 

« Serre-moi fort » de Claire Favan, paru chez Robert Laffont en février 2016

Synopsis

« Cela pourrait ressembler à un appel au secours. Du jeune Nick, tout d’abord. Victime collatérale de la disparition inexpliquée de sa sœur, contraint de vivre dans un foyer brisé et entre deux parents totalement obsédés par leur quête de vérité. Il aimerait tant que sa mère le prenne dans ses bras… D’Adam Gibson, ensuite. Policier chargé de diriger l’équipe qui enquête sur la découverte d’un effroyable charnier dans l’Alabama, il doit identifier les victimes – toutes des femmes – et tenter de remonter jusqu’au tueur, qui a savamment brouillé les pistes. Si Adam parvient à cerner quelques-unes de ses motivations, c’est à peu près tout. Et il prend le risque de trop qui le jette directement dans les bras du tueur. Commence alors entre eux un affrontement psychologique d’une rare violence… « 

De Claire Favan, j’avais apprécié « Le tueur intime », sans plus. J’ai vu son dernier ouvrage sur la table des nouveautés à la bibliothèque, et me suis dit « pourquoi pas ? » ; ce roman ayant une quatrième de couverture prometteuse et des critiques dithyrambiques. Et bien… WAOU ! Il n’y a pas à dire, l’autrice se bonifie avec l’âge. Ce livre m’a tant tenue en haleine que je l’ai lu en deux jours, ratant moult stations de métro tant j’étais absorbée par cette intrigue génialement folle.

Construit en deux parties, on compatit tout d’abord avec Nick, qui déjà de son vivant n’existait pas ou prou aux yeux de ses parents, éblouis par sa soeur aînée, belle, intelligente, sociale, populaire, et, accessoirement, martyr de son petit frère. Celle-ci disparue, les parents tombent dans la dépendance, l’une des cachets, l’autre dans l’alcool. Nick tient la baraque tant bien que mal, réussit le lycée et compte s’envoler vers New York pour étudier. C’est à ce moment-là que ses parents décident de se reprendre en main, non pas pour recommencer à vivre normalement, mais pour rejoindre un groupe de personnes qui ont perdu des êtres chers ; ils vont d’y investir corps et âme, et Nick est sommé de les suivre et les aider. Adieu New York, il ira à l’université la plus proche, car, même disparue, Lana reste la favorite.

L’inspecteur Adam Gibson, quant à lui, a perdu sa femme des suites d’un cancer long et éprouvant. Sa fille aînée a très mal vécu cette perte, et le fait payer cher à son père, qui préfère trouver refuge dans son travail que dans un foyer familial brisé. Un charnier contenant 18 cadavres de femmes est trouvé par hasard, et le corps le plus ancien a une quinzaine d’années. Des corps pour la plupart momifiés, qu’il va falloir identifier un par un, et surtout, retrouver celui qui a fait ça. C’est là que la partie se corse, car beaucoup de disparitions de jeunes femmes ont été imputées à l’Origamiste, qui croupit en prison depuis depuis des années, alors que certains corps sont récents… Gibson n’a aucune idée de l’horreur dans laquelle il s’embarque en menant cette enquête ; âmes sensibles, s’abstenir !

C’est d’une plume maîtrisée que Favan nous narre une intrigue d’une noirceur absolue, de faits absolument immondes, et c’est avec un plaisir coupable que l’on tourne les pages de ce livre dans une quête effrénée de vérité. Quoique plus que la vérité, que nous entrevoyons en milieu de roman, c’est la fin que nous attendons avec fébrilité. Car le tueur, particulièrement retors, totalement dépourvu d’une quelconque conscience morale, n’en finit pas de nous surprendre « grâce » à son esprit diabolique. Si vous ne deviez lire qu’un thriller psychologique cette année, ce serait celui-ci !

18/20

 

« Trois jours et une vie » de Pierre Lemaitre, paru chez Albin michel en mars 2016

Synopsis

« À la fin de décembre 1999, une surprenante série d’événements tragiques s’abattit sur Beauval, au premier rang desquels, bien sûr, la disparition du petit Rémi Desmedt.
Dans cette région couverte de forêts, soumise à des rythmes lents, la disparition soudaine de cet enfant provoqua la stupeur et fut même considérée, par bien des habitants, comme le signe annonciateur des catastrophes à venir.
Pour Antoine, qui fut au centre de ce drame, tout commença par la mort du chien… »

Dans son dernier roman, Lemaitre change totalement de registre ; point de thriller haletant ou d’arnaque de génie. L’auteur s’attache à décrire la psychologie du personnage principal et la vie d’une petite bourgade qui doit faire face en très peu de temps à plusieurs drames : la disparition d’un enfant âgé de six ans et une tornade qui dévaste la ville. Dans cet univers paisible, ces événements vont ébranler tous les habitants.

Le principal protagoniste, Antoine, a douze ans lorsque surviennent les faits. Enfant isolé élevé par une mère célibataire, il passe la majorité de son temps dans les bois à construire des cabanes. Lorsque le chien des Desmedt se fait renverser par une voiture et que le patriarche met fin à la vie de l’animal d’un coup de fusil, l’enfant ressent tristesse et révolte. Quand le petit Rémi Desmedt vient retrouver Antoine dans les bois, ce dernier se met en rage à cause des agissements de son père et le tue. Le roman relate la vie d’Antoine, rongé par les remords, et angoissé à l’idée d’être démasqué.

Même le style d’écriture diffère de ses autres livres ; si d’ordinaire Lemaitre utilise un phrasé parlé, ici la prose est soignée. Malheureusement, si ce roman n’est pas mauvais, il est terriblement lent et répétitif. Peu d’action, l’on lit principalement l’angoisse vécue par Antoine. J’ai trouvé la fin assez prévisible et assez insipide. Tout n’est pas à jeter dans ce livre, mais l’histoire se traîne et j’aurais apprécié un peu plus d’action. Je préfère quand Lemaitre nous concocte des thrillers au suspense à couper le souffle.

10/20