« Violence à l’origine » de Martin Michaud, paru chez Kennes en janvier 2016

Synopsis

« Responsable de la section des crimes majeurs en l’absence de son supérieur, le sergent détective Victor Lessard se voit confier la mission d’enquêter sur la mort d’un haut gradé du SPVM dont on a retrouvé la tête dans un conteneur à déchets. Formé du jeune Loïc Blouin-Dubois, de l’inimitable Jacinthe Taillon et de Nadja Fernandez, avec qui Victor partage sa vie, le groupe d’enquête qu’il dirige doit faire vite, car l’assassin a laissé un message qui annonce de nouvelles victimes. Confronté à un tueur particulièrement retors, qui peint de lugubres graffitis sur le lieu de ses meurtres et évoque un curieux personnage surnommé le « père Noël », pressé d’obtenir des résultats rapides par sa hiérarchie sans pour autant recevoir l’appui nécessaire, Victor Lessard s’entête envers et contre tout à résoudre « l’affaire du Graffiteur », dédale inextricable d’une noirceur absolue qui ravivera les meurtrissures de son âme, ébranlera ses convictions les plus profondes et le mènera au bord du gouffre. »

Grande adepte de thrillers, plus particulièrement anglais, américains voire français, je découvre avec ce roman que le Québec recèle lui aussi de petits trésors. Pour être franche, mis à part Michel Tremblay, je n’avais jamais lu de littérature québecoise. Une fois habituée aux expressions locales, voilà un thriller bien écrit qui se lit bien et remarquablement bien ficelé.

L’enquêteur, Vincent Lessard, est également le héros des trois précédents opus de Martin Michaud. Ceci dit, nul besoin de les lire avant d’apprécier ce livre. Ancien alcoolique, il est loin d’être infaillible, mais il compense par une ténacité et une intelligence qui lui permettront de mener à bien cette enquête, avec l’aide de sa partenaire Jacinthe, sa compagne Nadja, et le « bleu » Loïc. Plusieurs histoires sont imbriquées, et les nerfs de l’équipe seront mis à rude épreuve ; policiers corrompus, trafic d’êtres humains, tortures en tout genre, attachez vos ceintures et plongez dans cette descente aux enfers où le bien et le mal se mélangent, prouvant que le monde n’est pas manichéen.

J’ai également bien apprécié le côté légèrement féministe de cet ouvrage ; où l’auteur pointe du doigt les multiples violences faites aux femmes, chose que peu de personnes arrive à relier au fonctionnement de notre société et de ses tentacules inégalitaires qui s’étendent partout. Je finirais ma critique par dire que non seulement ce thriller est remarquable dans son genre, mais aussi qu’il fait réfléchir sur nombre de sujets que nous pensons connaître, mais qui se révèlent être bien plus compliquées en réalité…

17/20

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« Dans la peau de Coventry » de Sue Towsend, paru chez Charleston en janvier 2016

Synopsis

« Coventry Dakin, femme au foyer sans histoires, décide de s’enfuir à Londres après avoir tué son voisin par accident. Là-bas, elle rencontre une galerie de personnages excentriques : le professeur Willoughby d’Eresby et sa femme Letita, Dodo, une bourgeoise relogée chez les sans-abris, etc. Toutes ces rencontres vont permettre à Coventry de changer, comme elle n’aurait jamais pu l’imaginer… « 

De cette autrice, je m’étais récemment régalée avec « La femme qui décida de rester une année au lit », où son humour typiquement british m’a conquise. Ainsi, je n’ai pu résister à l’appel de ce roman, où l’héroïne commence par nous informer de deux choses importantes sur elle : 1/Elle est belle ; 2/Elle a tué un homme. Les deux étant mis sur la même échelle, comme si aucun n’était de son propre fait.

Coventry, voyant à travers ses rideaux que sa voisine était en train de se faire étrangler par son mari, accoure et écrase une figurine d’action man sur la nuque de l’agresseur ; celui-ci s’effondre, du sang lui coulant par les oreilles. Paniquée, elle se lance dans une fuite vers Londres pour échapper à la police et à la prison ; elle survivra tant bien que mal grâce à la charité de personnages haut en couleurs.

Où l’on retrouve l’humour absurde de Sur Towsend, et son oeil critique des travers de la société. Ceci dit, je l’ai trouvé moins abouti que celui dont je parlais au début. Un livre sympathique, mais je suis restée sur ma faim en finissant de lire les aventures de Coventry, que j’aurais bien imaginé se prolonger encore davantage…

14/20

 

 

« Pretty girls » de Karin Slaughter, paru chez Mosaïc en février 2016

Synopsis

« Deux soeurs. Deux étrangères. Plus de vingt ans auparavant, Julia a disparu à seize ans sans laisser de trace. Depuis, Claire et Lydia, ses soeurs, ne se sont plus parlé. Seule la haine farouche qu’elles nourrissent l’une pour l’autre les rapproche encore. La haine, et le désespoir : jamais elles ne se sont remises de la tragédie qui a fracassé leur famille. Deux événements violents vont venir cruellement raviver leurs blessures mais aussi les obliger à se confronter : l’assassinat du mari de Claire, et la disparition d’une adolescente.  A tant d’années de distance, ces événements ont-ils un lien quelconque avec Julia ? Lasses de se faire la guerre, Claire et Lydia plongent dans la noirceur du passé familial. Une spirale sanglante… « 

Adepte des romans de Karin Slaughter, une autrice à succès qui doit sa renommée à ses séries d’enquêtes policières, que j’ai lu et bien apprécié. Elle change de registre dans cet opus en s’essayant au thriller psychologique, où l’on constate qu’elle maîtrise tout aussi bien les deux genres. Un livre de quelques 500 pages que l’on lit d’une traite tant le suspense est soutenu.

Cela fait une vingtaine d’années que deux soeurs, Claire et Lydia, ont coupé les ponts ; la disparition de aînée, Julia, le suicide de leur père, les accusations de Lydia contre le mari de Claire, ont eu raison du lien familial. Mais le mari de Claire, Paul, est assassiné sous les yeux de sa femme, et une adolescente a disparu dans de mystérieuses conditions semblables à celles de Julia ; les deux soeurs vont reprendre contact, déterrer de sombres secrets, et subir le pire : la vérité. Sans oublier les tortures, décrite avec un froid détachement qui en amplifie l’horreur, qui font de ce livre un ouvrage à ne pas laisser entre les mains des âmes sensibles.

Le style d’écriture distancié nous plonge dans une lente descentes aux enfers, où l’on ne peut faire confiance à personne. Slaughter fait monter l’angoisse crescendo, pour finir dans une sorte d’apothéose de violences. De fait, je ne peux que saluer l’autrice pour ce tour de main. Un roman noir, très noir, mené d’une main de maître.

17/20

 

 

 

« Le Golem d’Hollywood » de Jonathan et Jesse Kellerman, publié chez Seuil en octobre 2015

« J’ai passé trois jours totalement immergé dans le monde créé par Jonathan et Jesse Kellerman. Voici un roman brillant, dont on tourne fiévreusement les pages, et auquel des fondations mythiques donnent une résonance particulière. Il est le fruit d’une collaboration unique qui fait mentir l’arithmétique : ici, un plus un égale beaucoup plus que deux. Ce livre m’a coupé le souffle. » Stephen King

Synopsis

« Jacob Lev, inspecteur du LAPD et fils de rabbin, est chargé par une mystérieuse section de « Projets spéciaux » d’enquêter sur la présence d’une tête, sans corps, dans une maison abandonnée de la colline d’Hollywood. Sur le plan de travail de la cuisine, le mot JUSTICE a été gravé en hébreu.Tandis qu’à Prague le Golem, créature mythique qui aurait été créée au XVIe siècle par le Maharal, semble s’être réveillé de son long sommeil…
Jacob Lev s’embarque dans un voyage bien éloigné des investigations policières habituelles, qui va le mener à Oxford et à Prague, mais aussi dans les zones obscures de son histoire familiale. »

Lectrice assidue des romans de Jesse Kellerman, je n’ai pourtant jamais accroché à ceux de son paternel – il faudra un jour que j’essaie ceux de Faye ! D’une pierre, deux coup, je m’attaque donc au roman écrit à quatre mains, en famille. Sans quatrième de couverture pour m’allécher (le fait que Stephen King l’ai aimé ne signifie pas grand chose pour moi…) j’ai attendu un peu avant de l’acheter et de le lire. Un ami bibliophage comme moi, et juif de surcroît, me l’a fortement conseillé, je me suis donc décidé.
L’histoire commence fort : une femme se fait agresser, l’homme veut la violer puis l’exécuter, comme il l’a déjà souvent fait, sauf que celle-ci est coriace, et parvient à le semer. Ce qui arrive ensuite au criminel est totalement incompréhensible et, surtout, pas le fait d’un humain…
Jacob Lev, récemment rétrogradé à la circulation car son chef n’est très certainement pas son premier fan, doit pourtant le laisser s’occuper d’un cas très particulier, dans une équipe fort spéciale. Une tête tranchée nette a été retrouvée près d’un tas de vomi, avec un mot écrit en hébreu signifiant : « Justice ». Jacob va donc aller jusqu’à Pague, entres autres, pour savoir à qui appartient cette tête, et aussi pour résoudre la vague de viols/crimes qui frappe un peu partout…
Un roman décidément inclassable ; l’on passe de l’enquête de Jacob Lev aux origines de la bible et du judaïsme – ces chapitres sont grisées – pour finalement aboutir à un lien, fantastique, tenu, mais néanmoins bien ficelé. J’ai apprécié ce roman vraiment étrange, qui m’a ouverte à la bible et au judaïsme, en alliant le plaisir d’un thriller certes un peu tarabiscoté.

14.5/20