« Les vies multiples d’Amory Clay » de William Boyd, paru aux éditions du Seuil en octobre 2015

Synopsis

« Au lendemain de la Première Guerre mondiale, la très jeune Amory Clay se voit offrir par son oncle Greville un appareil photo et quelques conseils rudimentaires pour s’en servir. Elle ignore alors que c’est le déclencheur d’une passion qui façonnera irrévocablement sa vie future.
Un bref apprentissage dans un studio et des portraits de la bonne société laissent Amory sur sa faim. Sa quête de vie, d’amour et d’expression artistique l’emporte bientôt dans un parcours audacieux et trépidant, du Berlin interlope des années vingt au New York des années trente, de Londres secoué par les émeutes des Chemises noires à la France occupée et au théâtre des opérations militaires, où elle devient l’une des premières femmes photoreporters de guerre.
Sa soif d’expériences entraîne Amory vers d’autres conflits, des amants, un mari, des enfants, tandis qu’elle continue à poursuivre ses rêves, à combattre ses démons. »

J’ai lu, il y a longtemps, le roman « La vie aux aguets » de Boyd ; je me souviens qu’il m’a plu, mais je serais tout à fait incapable de vous dire quelle en était la trame principale. Je me souviens surtout de la justesse psychologique des personnages, notamment les caractères féminins ; et pour un auteur, se mettre dans la peau d’une femme en évitant l’écueil des caricatures et clichés, c’est une chose souvent malaisée. Boyd donc, un auteur anglais renommé, n’a plus à prouver ses facilités à se glisser dans la peau d’une femme, et il est aussi fameux lorsqu’il s’agit de relater un destin. Son style d’écriture, à la fois limpide et soutenu, se lit avec grand plaisir. Ce nouveau roman, à la quatrième de couverture alléchante, racontant la vie d’une femme farouchement libre et indépendante, ne pouvait que me ravir !

C’est donc Gréville, l’oncle d’Amory, qui lui offre l’appareil photo qui scellera le destin de la jeune fille : elle sera photographe. A cet époque, aux alentours des années 20, une femme photographe, cela faisait jaser. Mais Amory est têtue, talentueuse, et son oncle l’aide à réaliser son rêve. Si elle commence par des portraits et des photographies de mariage; elle a envie de plus : elle commencera par partir à Berlin afin d’en saisir les bas fonds, puis, lors de la seconde guerre mondiale, elle deviendra photographe de guerre. A la fin de sa carrière, c’est la guerre du Vietnam qui l’inspirera. Libre, sans attache, elle se mariera sur le tard et aura deux filles, mais elle ne cessera jamais de faire ce qui lui plaît.

Amory, au delà de sa farouche indépendance, est une femme compliquée, intelligente, passionnée. Elle a eu quelques amants, qu’elle a toujours profondément aimé, mais s’il lui fallait partir, elle n’hésitait pas. Impulsive, libre, féministe sans le savoir, ses nombreux traits de caractères sont dévoilés ici et là par des détails ; une façon de faire que l’auteur applique aussi aux autres personnages, qui sont tous complexes, et donc profondéments humains. Amory Clay est une femme normale au destin exceptionnel, un destin qu’elle a plus ou moins choisi en fonction des obstacles et des facilités. Et si Amory Clay, photographe, n’a jamais existé, l’auteur a emprunté certaines choses à de vraies femmes photographes d’époque.

Un roman foisonnant, le magnifique destin d’une femme libre, du genre qui vous reste longtemps en tête !

18.5/20

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