« Mirage » de Douglas Kennedy, paru chez Belfond en mai 2015

Synopsis

« Robyn le sait, son mari Paul est loin d’être parfait. Artiste fantasque, insouciant, dépensier, ce jouisseur invétéré a du mal avec les limites du quotidien. Le couple s’aime encore mais la crise couve. Sans compter la question des enfants. Robyn en veut un, Paul est d’accord. Mais le temps presse, et rien ne se passe…
Pourquoi pas un voyage au Maroc ? Changer d’air, prendre le temps de vivre, se redécouvrir, et faire enfin ce bébé qui leur manque tant.
Sur place, la magie opère : Paul se remet à peindre et Robyn à espérer. C’est alors qu’une nouvelle tombe, un secret révélé, si lourd, si explosif qu’il dévaste tout. Et Paul disparaît.
Folle de douleur, terrifiée à l’idée de perdre celui qu’elle ne peut s’empêcher d’aimer, Robyn va se lancer à sa recherche. Une quête qui la conduira au bout d’elle-même… »

Adepte des ouvrages de Douglas Kennedy, je les ai tous lu, et presque tous adoré. Auteur connu et renommé, c’est un grand voyageur, amoureux de la France et parfaitement bilingue en français. « La femme du Vème » est cependant à éviter, et son dernier livre « Cinq jours » m’avait laissé sur ma faim. Mais avec ce nouveau roman, j’ai retrouvé toute la saveur et la plume très agréable de cet auteur que j’apprécie tant.

Robyn, l’experte comptable « control freak », tombe amoureuse de son exact opposé, Paul, un artiste rêveur et flambeur de 18 ans son aîné. Afin de redonner souffle à leur mariage, Paul organise un voyage au Maroc, un pays qu’il connaît et aime beaucoup. Robyn se laisse tenter et, si les débuts de leur voyage est idyllique, cette dernière découvre que Paul l’a trahie ; folle furieuse, elle décide de lui donner une leçon, qui se retournera contre elle : Paul disparaît. Toujours amoureuse, elle se lance à sa recherche malgré tous les obstacles qui se dressent sur son chemin ; elle découvrira qui est réellement l’homme qu’elle aime, et se retrouvera également lors de ce voyage initiatique.

Comme à son habitude, Douglas Kennedy allie à la perfection suspense psychologique et habileté à construire des personnages aussi surprenants que réalistes. L’écriture de Kennedy est fluide, on se laisse emporter par sa jolie plume, l’on voyage, l’on ressent ce que Robyn éprouve… Et, plus que tout, l’on veut ABSOLUMENT connaître la fin, voir où ce voyage nous mène, démêler l’écheveau de mensonges tissé par Paul, tout autant que Robyn elle-même. J’ai commencé ce roman hier matin dans le métro me conduisant au travail, et l’ai fini dans la nuit ; tout simplement inlachable ! Et même achevé, on reste songeur quant à la fin. Un régal !

17.5/20

« J’ai voulu oublier ce jour » de Laura Lippman, paru chez Points en septembre 2014

Synopsis

« Il y a quelques années, ils formaient une bande d’amis, les meilleurs amis du monde. Mais le temps a passé et ils sont maintenant presque tous mariés, sont pris dans leurs vies de famille et se sont lentement perdus de vue. Jusqu’à oublier même leur terrible mensonge.
Mais quand Gordon, le plus attendrissant de la bande, meurt soudainement, tout s’écroule. Et les soupçons commencent à émerger…. »

J’ai découvert cette autrice par hasard, en commençant par « Celle qui devait mourir », un excellent roman noir, très psychologique et excellement écrit. J’ai continué à en lire beaucoup d’elle, avec plus ou moins de plaisir. Disons que Laura Lippman est une fine plume, dont le point fort est sans conteste sa capacité à élaborer des personnages complexes, crédibles et passionnants, mais qui pèche parfois par la lenteur de ses récits.

Cinq enfants, dans les années 1980, toujours fourrés ensembles, à jouer sans que leurs parents ne s’y mêlent plus que ça. Gwen, la jolie fille choyée, Mickey, la petite garçon manquée, Sean, le sérieux, Tim, le fanfaron, et Gordon, dit « Go-go », le plus inconséquent de tous. Les garçons sont tous frères. Trente ans plus tard, Gordon meurt tragiquement dans un accident de voiture, résultat de ses soucis d’alcool. Si chacun a fait sa vie de son côté, ils vont se retrouver à l’occasion de l’enterrement de ce dernier, et vont se remémorer des choses qu’ils auraient préféré oublier…

Si ce roman est loin d’être déplaisant à lire, et même si l’on veut absolument connaître le dénouement, j’ai eu un sentiment d’inachevé en le refermant. Je m’attendais à plus sombre, à un véritable secret ; hors j’ai eu comme l’impression d’avoir été « trompée sur la marchandise ». De plus, il y a beaucoup de longueurs inutiles. En bref, un roman plutôt bon, mais quelque peu décevant tout de même car l’on reste sur sa faim.

14/20

« Les liens du mariage » de J. Courtney Sullivan paru chez Le livre de poche en avril 2015

Synopsis

« France, Evelyn, James, Delphine et Kate – cinq destins s’entrecroisent sans savoir ce qui les lie. De Frances, pionnière de la publicité dans les années 1940, qui a sacrifié sa vie amoureuse au profit de sa carrière, à Kate, jeune femme des années 2000, qui a arrêté de travailler pour s’occuper de sa fille, tout en fuyant le mariage, J. Courtney Sullivan retrace les évolutions du couple depuis 60 ans. »

De cette autrice, je garde un excellent souvenir de son premier roman « Les débutantes » ; l’histoire de quatre adolescentes qui se rencontrent, deviennent amies, et traversent le périple qu’est la vie, parfois ensemble, parfois séparées. Ici, cinq histoires s’entrecroisent autour de l’engagement marital. Ces destins vont être tous liés par l’industrie diamantaire De Beer, et les personnages vont même être amenés à se croiser au fil du temps ; l’histoire s’étalant de 1972 jusqu’en 2012. Dès le début il est question du fameux diamant, symbole de l’alliance et de l’engagement, dont Frances Gerety – qui a réellement existé – en fait la publicité. C’est elle qui inventera le fameux slogan « Un diamant est éternel ».

Cette autrice est réellement très douée pour créer des personnages nuancés, attachants, plus que crédibles ; c’est son point fort. Là où elle excelle aussi, c’est dans l’art de croiser ces destin, de les lier de façon incongrue, nous surprenant régulièrement. Elle fait d’un roman sociologique sur le mariage une sorte d’enquête policière ; l’on se demande à chaque fois où elle veut nous emmener. D’une saga à priori « futile » sur le mariage, J. Courtney Sullivan réussit le tour de force d’insuffler des éléments politiques, sociétaux et économiques dans un roman dont la base est plutôt l’histoire de différents personnages. Tout en suivant les destins croisés de personnages tous différents et attachants à leurs façons, l’on suit l’évolution d’un code sociétal, du modèle familial et de son changement au travers des années.

On saluera les pointes féministes de l’autrice, son extrême habileté de conteuse qui font de ce livre un roman passionnant et foisonnant.

17.5/20

« Maman a tort » de Michel Bussi, paru aux Presses de la cité en mai 2015

Synopsis

« Lorsque Vasile, psychologue scolaire, se rend au commissariat du Havre pour rencontrer la commandante Marianne Augresse, il sait qu’il doit se montrer convaincant. Très convaincant. Si cette fichue affaire du spectaculaire casse de Deauville, avec ses principaux suspects en cavale et son butin introuvable, ne traînait pas autant, Marianne ne l’aurait peut-être pas écouté. Car ce qu’il raconte est invraisemblable : Malone, trois ans et demi, affirme que sa mère n’est pas sa vraie mère. Sa mémoire, comme celle de tout enfant, est fragile, elle ne tient qu’à un fil, qu’à des bouts de souvenirs, qu’aux conversations qu’il entretient avec Gouti, sa peluche…
Vasile le croit pourtant. Et pressent le danger. »

De cet auteur, j’avais détesté « Un avion sans elle » (l’horrible crime qui sous tend l’histoire s’avère être… un avortement !), moyennement accroché sur « N’oublier jamais », et c’est avec Mass critique/Babelio que je décide de retenter le coup avec son dernier roman dont le pivot central est un enfant de trois ans. Il confie à son psychologue scolaire des histoires de châteaux et de pirates, mais ne démord pas du fait que sa mère n’est pas sa vraie mère. Le psychologue, Vasile, va demander à la commandante Marianne Augresse un coup de main. Cette dernière doit également retrouver les coupables d’un cambriolage qui a mal tourné.

L’intrigue, bien que capillotractée comme dans tous les romans de Bussi, marche et nous tient en haleine. Ceci dit, pourquoi tant de clichés ? La commandante Augresse, qui s’occupe de deux affaires à la fois, est totalement obnubilée par le fait de se trouver un mari et d’avoir un enfant ! Elle ne cesse de fantasmer sur tout ce qui a un pénis ; je ne suis vraiment pas convaincue de l’intérêt de cette fixation dans l’histoire, sinon à l’alourdir et à trouver la commandante ridicule. J’ai remarqué que dans tous les romans de Bussi, on trouvait de bonnes grosses idées reçues sur les femmes et les hommes, et sur les arabes dans « N’oublier jamais ». Il faudrait vraiment que Mr Bussi cesse de lire « Mars et Vénus » et construise des personnages réels, étoffés, dont la psychologie ne s’appuie pas que sur des clichés éculés sur le sexe/le physique. Il aurait tout à y gagner.

Sinon, un roman qui se laisse lire, dont la fin est étonnante, idéal pour les vacances à venir !

13/20

« La végétarienne » de Han Kang, paru en mai 2015 chez Le Serpent à Plumes

Synopsis

« La végétarienne est un triptyque. Autour de Yonghye, la femme qui veut devenir végétale, nous suivons son mari, petit cadre banal, puis le beau-frère de celui-ci, artiste vidéaste obsédé par la tache mongolique de Yonghye, et enfin la sœur de Yonghye, qui l’assiste dans ses derniers instants, et, d’une certaine façon, la dépasse.
Trois parties, trois personnages autour d’une seule qui elle-même s’efface inexorablement. « 

Je lis très peu de littérature asiatique, car les rares fois où je m’y suis essayé, j’ai été déçue. Mais j’ai eu un réel coup de coeur pour ce roman atypique, poétique, le genre de livre qui vous reste longtemps en tête après l’avoir lu… Han Kang est une écrivaine née en Corée du Sud en 1970, dont les trois romans ont déjà conquis de nombreux pays (USA, Angleterre, Japon, Espagne…), et dont deux ont été adaptés au cinéma dont « La végétarienne ». Il serait temps que son talent soit reconnu en France !

Yonghye mène une existence banale et paisible auprès de son mari Chong. Cette femme, d’ordinaire effacée et paisible, se réveille un matin, après avoir fait d’étranges rêves, très déterminée à ne plus manger de viande, et tout produit venant d’animaux. Si son mari et sa famille commencent à s’inquiéter, persuadés que ce régime végétalien est néfaste pour la jeune femme, cette dernière va non seulement continuer à le suivre, mais va également se déliter, aussi bien physiquement que psychiquement…

Trois personnes vont relater ce qui arrive à Yonghye : tout d’abord son mari, puis son beau-frère, Minho, et enfin sa soeur, Inhye, sans jamais comprendre ce qu’il se passe dans l’esprit de celle-ci. Elle semble puiser ses buts, sa nouvelle façon de vivre, dans d’étranges rêves. Impuissants, ils vont tour à tour tenter de la changer, d’en profiter et de l’aider. Mais Yonghye, toute frêle et chétive qu’elle soit, leur tient tête à tous et continue ce qui est pour elle sa destinée, guidée par ses rêves.

Le style simple, épurée, convient parfaitement au sujet, et à Yonghye, qui veut se fondre dans la nature, et devient de plus en plus éthérée, déconnectée de la réalité au fil du roman. Il est beaucoup question de corps, la façon de l’habiter, de s’en servir, de le percevoir ; ceci dit, l’on perçoit dans ce livre des questions politiques cruciales, et une réflexion sur le libéralisme exacerbé actuel.

Un roman étrange et envoûtant, qui se lit d’une traite, et qui trotte ensuite dans la tête…

17/20

« Nous » de David Nicholls, publié chez Belfond en avril 2015

Synopsis

« Paris, Amsterdam, Munich, Vérone, Venise, Florence, Rome, Naples. Le Louvre, le musée Van-Gogh, la place Saint-Marc. Terrasses ensoleillées, trattorias bondées : l’été s’annonce chargé pour les Petersen.
Douglas, le père, est extatique.
Connie, la mère, est plus mesurée.
Pour Albie, leur fils de dix-sept ans, c’est carrément l’enfer.
Et pour tous, c’est peut-être l’occasion d’un nouveau départ.
Douglas le sait, c’est sa dernière chance de prouver que derrière le biochimiste coincé se cache un mari attentionné et un père superfun.
Connie, elle, va devoir affronter le souvenir de celle qu’elle était, cette étudiante en art qui sillonnait l’Europe en quête de folles expériences. Et celle qu’elle est devenue, une épouse rangée qui voudrait bien passer à autre chose.
Quant à Albie, grand photographe en herbe, entre fugues et passion amoureuse, arrivera-t-il à renouer avec son père et à voler enfin de ses propres ailes ?
Crise de la cinquantaine, crise de couple, crise d’adolescence…. »

C’est en 2013 que je tombe par hasard sur le roman « Un jour » de David Nicholls ; ce fut un vrai coup de coeur, que j’ai lu d’une traite, tant les émotions, le suspense, la réalité en somme, sont extrêmement bien dépeints. Dans, la foulée j’ai vu l’adaptation cinématographique, très agréable, et lu ses deux autres romans, qui m’ont tout autant plu. Fan de Douglas Kennedy, je trouve qu’il y a une certaine ressemblance entre les ouvrages de ces auteurs : basés sur la psychologie des personnages, sur la vie telle que nous la connaissons toutes et tous – quoique Kennedy rajoute de sacrés, et pas banals, obstacles sur le chemin de ses personnages !

C’est donc avec grand plaisir que je commençais ce livre d’un auteur que j’apprécie beaucoup. Cette fois, les héros sont toute une famille : un père et une mère dans les tourments de la cinquantaine, et leur fils dans ceux de l’adolescence. C’est Douglas, le père, qui relate l’histoire de sa famille. Sa femme, Connie, désire le quitter ; les liens avec son fils Albie sont presque rompus. Il décide d’organiser un voyage en famille afin de sauver son couple et de renouer avec son fils. Mais les choses ne tournent pas du tout telles qu’il les avait prévues, ce qui ne manque pas de grandement déstabiliser Douglas, un scientifique pragmatique, très organisé, et paniqué par le changement… Mais; par amour des siens, il se lancera dans une épopée qui le surprendra lui-même.

Encore une fois, Nicholls crée des personnages profonds et attachants, alterne petits drames de la vie et bonheurs, le tout avec un style impeccable. Comme il aime à le faire, des flash backs réguliers nous permettent de mieux comprendre les personnages, alternant passé et présent avec virtuosité. Si vous aimez les romans relatant la vie de tous les jours, drôles, émouvants, ce livre est fait pour vous !

15/20